Réflexions, Sur les Autres

[Blabla] Ce que j’ai appris auprès des autres voyageur-euses

Attention, grosse révélation sur le voyage à venir, gros pavé dans la mare : les rencontres c’est quand même une composante super importante du voyage lorsqu’on part plus ou moins longtemps, et selon nos attentes et comportements.

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Et puis, ça fait des gens à mettre sur les photos.

Outch. Je vous avais prévenu, quelle nouvelle !

Non bien entendu, je pense qu’il n’y a pas plus consensuel comme affirmation. Car même si j’aime répéter que certes en voyage il y a souvent beaucoup de monde mais que ça ne veut pas dire que vous serez (bien) accompagné-es, je dois bien admettre qu’il est difficile d’imaginer être voyageur-euse solo et ne rencontrer personne. Et surtout, je pense que c’est aussi parce qu’il y a tout un imaginaire positif et exaltant autour des rencontres de voyage, qu’elles sont si attendues.

Alors, que les rencontres soient heureuses, effrayantes, à oublier, enthousiastes, déprimantes, inattendues, formelles, souhaitées, créées, elles existent sans doute toujours un peu quelque part.

Et parfois, que ce soit à l’occasion de longs moments partagés ou d’un simple regard, elles peuvent vous apprendre beaucoup. En tout cas, elles m’ont appris beaucoup.

  • Oser

Demander. Faire confiance. Proposer. Expérimenter. S’aventurer. Tenter.

Pour mon cas, c’est toujours un savant mélange de sentiment d’illégitimité, d’angoisse de déranger, de timidité, de doutes et de peur parfois irrationnelle qui me retient de me lancer complètement.

Ce qui fait que, par exemple, je suis incapable de demander un service même des plus anodins à quelqu’un-e. Je vais toujours avoir le sentiment d’abuser, de ne pas « mériter » cette aide, retenue par une certaine timidité et une certaine peur du rejet.

Pourtant, à force de côtoyer des voyageur-euses bien plus à l’aise qui prennent les devants et osent, j’ai bien été forcée de me rendre compte que 1/je passe à côté de nombreux moments supers chouettes 2/bien souvent, les gens sont plutôt content-es de vous apporter leur aide, leurs connaissances ou leurs idées dès qu’iels le peuvent.

C’est comme ça que beaucoup d’entre elleux parviennent à réaliser leurs rêves ou objectifs, ou vivent simplement des choses un peu extraordinaires, en demandant, en forçant un peu le destin, en boostant leurs chances.

Et ça m’impressionne.Beaucoup. Beaucoup.

Pourtant, le réaliser ne m’a pas transformé, difficile de changer qui nous sommes en un claquement de doigts, nos personnalités ne se sont pas construites en un jour, alors elles ne se « corrigent » pas juste par épiphanie.

J’ai beau savoir que l’on a bien plus de regrets à ne pas faire les choses au moment où y pense, où on pourrait/voudrait les faire ou dire, mais l’angoisse que j’associe à un possible refus, un jugement négatif ou un rejet est encore plus grande que le regret.

Ce qui est bien dommage. Puisque par exemple, j’ai regretté de ne pas avoir proposé la participation aux portraits à certaines personnes, et autant, parfois l’opportunité s’est représentée et je me suis dis « ah la vie est bien faite » et autant parfois c’était juste trop tard, définitivement. Et ce regret là plus rien ne pourra le changer.

Alors à cet instant là, forcément, la pensée que peut-être ce n’aurait pas été siii terrible d’oser.

  • Il y aura toujours quelqu’un-e à envier

Entre celleux qui ont la chance de voir plein d’animaux, qui voyagent sans cesse, qui ont vécu des voyages aujourd’hui impossible (pays disparus, changement de gouvernement profond, pays fermés aux étranger-es, peu de tourisme, etc.), qui prennent de plus belles photos, qui sont plus à l’aise, qui parlent plus de langues, qui connaissent plus de choses, qui ont réalisé des choses que vous n’aviez même pas cru possible, etc, etc.

Vraiment, il y aura toujours quelqu’un-e dont j’envierai l’audace, le courage, les idées, les compétences, le physique, l’intellect, la débrouillardise, l’humour, la couleur de la serviette de bain, les capacités sportives, l’odeur de transpiration, la persévérance, le talent, ou les amitiés. C’est ainsi, et quoi ? Je ne pourrais pas le changer. Je peux passer mon temps à me comparer, ça ne changera pas. Je resterais moi, iels resteront aussi fabuleux-ses que mes yeux les voient.

Alors, il est temps d’en prendre son parti et de me concentrer sur ce que je peux changer. L’insatisfaction et l’envie ne disparaitront pas, mais j’aurais fait tout ce que je pouvais.

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Et puis j’ai vu des manchots royaux donc niveau ça donne envie, ça pèse.
  • Dire au revoir, c’est vraiment toujours particulier

Régulièrement je regarde les statistiques de ce blog, surtout pour voir quel type de recherches peut amener des gens jusqu’ici. Et parfois, je relis un des articles qui a été consulté dans la journée/le mois, selon l’inspiration et l’humeur du jour. Il y a peu, j’ai donc relu celui sur les adieux que j’avais écrit à la fin de mon voyage en Nouvelle-Zélande. Et venant de passer ces dernières semaines à dire au-revoir quasi en permanence, et bien la lecture de certains mots a été un violent boomerang. Parce que je les trouve toujours autant d’actualité.

Je trouve en effet, que malgré les années, c’est toujours aussi étrange. Ce sont encore des instants où je peux me sentir vulnérable et en proie aux doutes, et où la mélancolie peut prendre toute la place. 

Ou pas.

Parfois c’est une évidence. Comme si depuis le départ, c’était évident que ça ne durerait qu’un temps, et c’est pour cela que c’était si chouette.

Et soyons honnête, parfois c’est presque un soulagement.

  • Ma carapace n’est peut-être pas aussi épaisse que ce que je veux bien le croire

C’est un fait, je suis sensible et je prends les choses très à cœur. D’autres diraient trop à cœur. Mais c’est ainsi, je n’ai pas envie de le changer, parce que je considère que c’est aussi ce qui fait que je suis capable d’agir en me souciant des conséquences et des autres. Pourtant, c’est aussi pesant. Alors souvent, je reste distante avec les gens, je me confie peu et surtout je m’attache peu. Enfin, c’est ce que je pensais.

J’ai déjà dû le dire dans le passé, mais le voyage (tel que je le pratique en tout cas) donne aux rencontres un sentiment d’urgence. Vite vite il faut se connaître, parce que bien vite on ne se reverra sans doute plus (bon mon vite est tout relatif, car je passe régulièrement plusieurs semaines avec les mêmes personnes, mais soit). Et je suis bien forcée d’admettre qu’aujourd’hui, je me confie bien plus facilement, et bien plus rapidement que par le passé. Bien évidemment pas à tout le monde, pas en tout temps, mais l’évolution est là. Et c’est à force de côtoyer des gens intéressant-es, rassurant-es que ceci a pu arriver. Parce que ces gens ont aussi livré certains de leurs secrets, de leurs blessures, de leurs bonheurs. Bref, des bouts importants de leur histoire. Alors, mes distances et mes réserves, elles ont souvent été bousculées, parce que j’ai avant tout été touchée, émue. 

  • Je ne suis peut-être pas de si mauvaise compagnie

Je me dis qu’il y a quand même des gens qui ont eu envie de passer du temps avec moi, donc peut-être queeeeee…

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Ce bébé à 4 pattes qui m’a suivi pendant 3 jours a l’air plutôt d’accord
  • Et peut-être plus si timide que ça

J’ai un peu creusé l’histoire d’introversion vs timidité. Et voilà, c’est évident que je suis introvertie. Mais aussi timide. Mais plus en toute situation. J’ai tout de même beaucoup travaillé sur ce point depuis plusieurs années. Alors certes, les grands groupes et la superficialité des conversations m’angoissent toujours. Par contre, j’ai évolué dans les conversations à 2, comme je le disais dans un point précédent je suis capable de me confier bien plus facilement. J’ai toujours dit que j’ai passé plus de temps à écrire qu’à parler dans ma vie, et bien j’ai le sentiment de me rattraper, et au contraire de devenir biiiien bavarde. Mais sous certaines conditions. Dans certains états d’esprit.

Alors certes, parfois ça me coûte, ça me demande beaucoup d’efforts, c’est toujours une source de stress, mais, je sais que je peux le dépasser (parfois) et que ça vaut le coup.

  • Tous-tes des raisons différentes de voyager

Bon je le savais déjà, mais rencontrer des gens, échanger avec elleux, c’est se rappeler et se rendre compte, qu’il y a un nombre infini de raisons de voyager. Toutes ces histoires qui sont construites de rêve, de projets, mais aussi de passé, d’attentes, de blessures à réparer, de déceptions à apaiser, voir de traumatismes à dépasser.

  • Tous-tes des façons différentes de voyager

Couchsurfing, auberge de jeunesse, B&B, helpX/woofing, hôtels plus ou moins luxueux, stop, bus, vélo, bateaux, voiture/van achetés ou loués, à pied, avec du matériel pour mobilité réduite, seul-e, en couple, en famille, entre ami-es, avec des inconnu-es, pendant 3 jours, une semaine, un mois, des années, à un seul endroit, dans une région, un pays ou une multitude de pays ou de continents, avec joie, avec appréhension, avec insouciance, avec anxiété, avec excitation, avec hésitation, sur un coup de tête, un vieux rêve, préparé minutieusement, vécu au jour le jour, fait de montagnes, de mer, de villes, de campagne, de nature, de désert, de solitude ou de foule, de chaleur, d’humidité, de pluie, de neige, de tempêtes, à l’autre bout du monde, au village d’à côté, entre deux jobs, en mode de vie, en vacances annuelles, sans limites, avec budget serré, rempli d’activités, axé repos, découvertes culturelles, explorations personnelles, et tant tant d’autres variabilités…

Autant de paramètres qui varient d’un-e voyageur-euse à l’autre. Autant de détails ou de facteur déterminant d’une personne à l’autre. Autant d’envies, de possibilités, de limites, d’habitudes et d’opportunités d’une personne à l’autre.

  • Les mêmes aventures ne nous laissent pas à tous-tes les mêmes saveurs

Tout le monde ne fonctionne pas de la même façon (wooow, tant de révélations dans cet article), donc forcément, on ne ressent pas les évènements de la même façon. Ce qui est parfois déroutant, parfois enrichissant ou encore frustrant.

  • Le voyage c’est aussi un bien de consommation

Ca rejoint, un peu le point précédant, mais se confronter aux autres, ça a également été pour moi, réaliser que pour certain-es, voyager doit être rentable. Comme si le voyage ne pouvait pas être raté, ne pouvait pas être mal, pas être décevant. Pas de demie-teinte, pas de regrets. Tout doit apparaître merveilleux, lissé, apprécié. Pas de critiques, ni de soi, ni de nos actes, ni de ce qui nous entoure.

Et comme tout bien de consommation, notamment sur les médias sociaux, il faut le valoriser, il faut le montrer sous un jour forcément formidable, parfait, une expérience positive, incroyable. On aligne les qualificatifs mélioratifs et on tait toute une part de la réalité. Pour certain-es, ce qu’iels laissent transparaitre de leur voyage ce sont des listes de lieux « à faire » où se prendre en photo pour l’exposer. Le manque d’émotions et de ressentis me laissant souvent perplexe.

Et cela ne signifie pas que je ne vais pas voir les mêmes choses, que je ne suis pas au même endroit au même moment, dans la même file d’attente, sur le même sentier de randonnées ou en train de prendre la même pose sur le même rocher.

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Loin de là.
  • Ce n’est pas forcément les gens avec qui on passe le plus de temps qui nous marque le plus

Ce n’est forcément les gens qui restent le plus longtemps dans nos vies qui nous font le plus grandir, qui nous apportent le plus, ou nous marquent le plus. Ni celleux qui ont été le plus bienveillant-es, avec lesquel-les j’ai partagé le plus d’intimité. Parfois, quelques mots ou quelques gestes peuvent être plus bouleversants que ceux de nos proches. Que parfois, un simple regard ou une phrase peuvent nous bousculé bien plus que de longs discours attendus de gens trop proches de nous.

Le voyage m’a clairement démontré que s’attacher aux autres n’est pas qu’une question de temps passé ensemble, que parfois ce n’est pas explicable, pas rationalisable. Qu’il n’est pas nécessaire de braver toutes les épreuves du monde pour se rendre mutuellement plus riches, plus fort-es.

Et surtout, que la réciprocité n’est pas une condition obligatoire pour que l’enrichissement et les transformations soient là. Malheureusement, c’est d’ailleurs parfois dans les douleurs et les déceptions qu’on se transforme, rapidement et profondément tant la brutalité des évènements a pu nous secouer.

  • Il y a tellement de partage désintéressé

Combien d’ingrédients et de repas partagés avec des gens inconnu-es quelques minutes avant ? Combien de verres de bières offerts au détour d’une conversation dans une salle commune d’auberge ? Combien de temps passé avec des gens-inconnu-es-il-y-encore-quelques-minutes pour s’échanger des idées, pour se rassurer, pour s’épauler et se soutenir ? Combien de petits partages d’argent juste parce que « allez on va pas chipoter pour 3 dollars » ? Combien d’oreilles attentives qui sont là pour recueillir les doutes, les peurs et les hésitations ? Combien de dépannages de savon, de produits anti-insectes, de bouteilles de gaz, d’eau, de vêtements ? Combien de conseils, de conversations, de petits actes désintéressés sont rencontrés dans la rue, dans les bus, dans les dortoirs, sur les chemins de randonnées, dans les gares routières ?

Et tant d’autres encore.

Alors oui, il y a aussi les profiteur-euses, les voleur-euses, les arnaqueur-euses. Et oui, au final, c’est pas si loin de la vie quotidienne où des gens généreux-ses sont pléthores également. Mais, on associe souvent le voyage à plus de dangerosité que nos vies quotidiennes (alors que …), plus de méfiance et de réserve à mettre en place. Alors qu’en fait, souvent, on rencontre des gens bienveillant-es, que ce soit parmi les touristes que les habitant-es.

Bien entendu ce n’est pas une règle immuable, mais j’ai été tellement surprise de découvrir cet état d’esprit très loin de l’image un peu agressive que j’avais du voyage. Au final, ça m’a rappelé la vie quotidienne, où j’ai vu tellement de beaux actes de solidarité, de générosité, alors même qu’on nous répète tout le temps que les gens sont individualistes et méchant-es.

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Compter les un-es sur les autres, jusqu’à la sieste.

4 réflexions au sujet de “[Blabla] Ce que j’ai appris auprès des autres voyageur-euses”

  1. Je crois que plus que les paysages et les monuments, aussi beaux soient-il, ce qu’on retient toujours le plus, c’est les rencontres…

    1. Je crois aussi que sur la durée je ressens la même chose. Surtout, qu’elles ont une unicité qu’on ne retrouvera jamais sur mille posts insta et 20 récits de blogs. Comme dans la vie, les gens nous touchent et nous marquent d’une façon si particulière 💛

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