Réflexions, Sur le voyage, Sur les Autres

[Blabla] En 2019, et si on arrêtait de « faire » ?

Alors, oui, les résolutions au mois d’avril, ce n’est pas des plus conventionnel. Mais, comme dit l’adage, mieux vaut tard que jamais (et surtout, mieux vaut reprendre la plume que la laisser de côté non ?)

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Et si, on changeait collectivement ?

En voyageant en Patagonie pendant 2 mois, j’ai rencontré beaucoup de voyageur-euses. Sans doute plus qu’en un an au Canada. Bon, j’exagère sans doute, mais la dynamique de l’itinérance en Patagonie versus beaucoup de HelpX au Canada font que, mine de rien, j’ai vraiment parlé à beaucoup de monde en 2 mois ; entre les auberges, les bus, les campings, et les chemins de rando le nombre de rencontres se cumule vite.

Et pendant cette période, j’ai entendu énormément de fois ces expressions qui me laissent dubitatives à chaque fois.

« Et toi, t’as fait combien de pays ? »

« Bah moi j’ai fait le Népal, la Thaïlande, la Tanzanie, l’Argentine, etc. »

«  j’ai fait Londres 8 fois »

« ah non je n’ai pas encore fait l’Afrique/l’Asie »

Petit aparté : Car oui, c’est souvent les continents africains et asiatiques qui sont assimilés à des entités homogènes et semblables … Étrange phénomène non ? Surtout quand on est communément issu-es de pays où la moindre particularité régionale est défendue bec et ongles, alors je vous laisse imaginer les diversités culturelles à l’échelle d’un continent biiiien plus grand que l’Europe …

A chaque fois, je me dis, mais ça veut dire quoi « faire un pays/ville/continent » ?

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Et toi, la mouette, t’as fait les chutes du Niagara ?

Pour moi, un endroit ça se visite, ça s’explore, ça se marche, ça se parcourt, ça s’apprend, ça s’écoute, ça se découvre, ça se vit. Alors, « faire » ? Faire quoi ?

Dans l’idée de faire,  j’associe une notion de check list. De « c’est bon, j’ai vu, j’ai fait », je peux noircir la case et passer à la suite et accumuler d’autres destinations.

Et ça, pour moi, c’est une véritable interrogation. C’est un fait, j’aime prendre mon temps pour voyager, parce que j’ai très vite appris que le temps c’est ce qui me manquera toujours.

Alors, comment en quelques semaines on peut dire qu’on a « fait » un pays ?

Même en ayant vécu toute ma vie, sans discontinuité, en France pendant 24 ans, je ne connais rien de ce (petit) pays. La première fois que j’ai mis les pieds à Paris, j’avais 22 ans. Alors quid des autres ? La culture, l’histoire, les ambiances, ça ne s’apprend pas en quelques semaines.

Et puis, alors, quand on parle à l’échelle d’un pays, et pire d’un continent, comment peut-on réellement se dire qu’on a tout vu ? Tout compris ? Tout saisi ? Ce n’est juste pas possible.

Et quel serait l’intérêt d’ailleurs ?

Alors oui, sans doute que ce n’est qu’un abus de langage. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il n’est pas anodin que le mot utilisé soit celui qui évoque la productivité et la rentabilité d’un voyage. Parce que j’ai le sentiment que de plus en plus on oublie de mettre de « l’être » derrière les voyages, pour au contraire y valoriser du faire, du cocher, du avoir. On ne ressent plus, on ne regarde plus, on photographie, on montre, on consomme. Certes, on positionne une action derrière le « faire », mais est-ce vraiment ce qui se passe ? Est-ce que c’est vraiment nous qui faisons, ou plutôt l’endroit où l’on va qui fait tout, qui nous happe, qui nous surprend, qui nous transporte. C’est l’endroit qui est.

Alors je me dis que peut-être, on devrait utiliser d’autres termes, être précis-es. Etre plus enthousiastes aussi, plus poétiques sans doute. Racontons plus d’histoires.

J’ai été, j’ai vu, j’ai ressenti, j’ai entendu, j’ai écouté, j’ai parlé, j’ai découvert, j’ai arpenté, j’ai exploré, j’ai parcouru, j’ai marché, j’ai navigué, j’ai entendu, j’ai senti, j’ai pris le temps, j’ai raté, j’ai compris, j’ai appris, j’ai échangé, j’ai manqué, j’ai regardé, j’ai raté, j’ai pas aimé, j’ai partagé, j’ai flippé, j’ai reculé, j’ai observé, j’ai attendu, j’ai abandonné, j’ai oublié, j’ai essayé. J’ai vécu.

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Tout ça. Tout ça.

 

 

 

 

 

2 réflexions au sujet de “[Blabla] En 2019, et si on arrêtait de « faire » ?”

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