Réflexions, Sur le voyage

[Blabla] Ce que je ne pourrais jamais vous montrer de la Patagonie.

Comme je le disais précédemment, le format « carnet de voyage » n’est plus un format qui m’intéresse. Donc je ne parlerais pas de ce que j’ai fait en Patagonie, de ce que j’ai vu, où je suis allée marcher. Et de toute façon, je me suis bien rendue compte que ce que j’aurais le plus aimé partager, c’est tout ce que je ne pourrais jamais vous montrer.

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Thématique photos-de-gens-de-dos-parce-que-c’est-plus-immersif-il-paraît

L’émotion unique d’être face aux Tours de Torres del Paine qui ont hanté mes rêves depuis plus de 20 ans, ces nombreux « mais c’est trop fou » devant les manchots royaux, le battement manqué devant la majestuosité du paysage devant le Mont Fitz Roy, le manque de mots disponibles pour décrire exactement ce que j’ai ressenti face au glacier Perito Moreno.

L’aventure du collectivo à travers Punta Arenas avec Michelle, la place de ferry pour Puerto Williams obtenue vraiment en toute dernière minute avec Andreas, le feu de camp partagé avec un russe au milieu des montagnes de l’île de Navarino, le réveillon de Noël le plus particulier que j’ai vécu jusqu’ici, les dauphins venant chaque jour à la même heure passer devant l’auberge, les peurs de voir ma tente (cassée aha) s’envoler sous la fureur des vents patagoniens, la sortie en canyoning et sa tyrolienne infernale, la sensation incroyable d’être parvenue à être quasiment seule lors d’une randonnée au parc Torres del Paine (un challenge aha), la rencontre fortuite avec un manchot sur un bout de plage.

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Penser devant un glacier meringue

Mais aussi, l’immensité du ciel, la vitesse d’avancée des nuages, cette impression que les nuages foncent sur soi, L’immensité des plaines jaunes désertiques, les rideaux de pluie qui avancent, les souffles coupés, les souffles essoufflés par les montées, les files indiennes, les changements de luminosité qui modifient le paysages en quelques secondes, les changements de contrastes liées à la neige tombée pendant la nuit, les heures à penser, les rencontres, les histoires partagées, les rencontres avortées, ratées, les belles rencontres, les mots échangés, les bons plans échangés, les mauvais plans échangés, les réveils difficiles, les réveils faciles, le nez un peu gelé au matin sous la tente, le sentiment de solitude qui revient des lors que je suis entourée, les joies quand la météo est de mon côté, l’aisance parfois, la gêne souvent, les galères, les moments de doutes, les réussites aussi, les fiertés, les instants de sérénité, ces sourires béats, les sourires incrédules, les sourires partagés, échangés, les sourires à peine dessinés, ou ceux qui vous défigurent.

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Autant la tête dans les nuages que Fitz Roy

Mais encore, le jour où ma tente a pris l’eau, quand j’ai renversé ma poche à eau dans mon sac aussi, tous les reniflements, les gouttes au nez parce que le vent, toutes les rafales de sable dans les yeux, tous les moments où j’ai dû me cacher derrière des cailloux à cause du vent, tous les virages et où je me suis pris une montagne et un superbe glacier en plein dans la face, tout cet espanglais du plus bel effet, tous les sourires en guise de bonjour/merci en randonnée, tous les « Hi » « Hola » « Hey », toutes les non réponses au bonjour aussi en randonnée, les millions de cailloux vus, les milliers d’arbres vus, les centaines de libellules vues sur la randonnée du Cerro Castillo, les dizaines de milliers de chenilles vues sur la randonnée entre Mont Fitz Roy et Mont Cerro Torres, les dizaines de tentatives pour savoir dire « pajaros » ou « rojo », les dizaines de journée au temps patagonien. Le peu de variétés de chips disponible dans les rayons (c’est bien, ça remet les idées en place), les pains chiliens qui ont transporté mon coeur, ou encore la joie de trouver des restaurants et produits véganes dans des lieux un peu improbables. Tous-tes ces autostoppeur-ses coincé-es pendant des heures sur les bords de route, tous ces flots de touristes préssé-es, détendu-es, raleur-euses, émerveillé-es, reconnaissant-es, enthousiastes, blasé-es, fatigué-es, surchargé-es, méprisant-es.

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Suivre le fil de l’eau du bout des yeux

Ou encore, le temps, sa préciosité, sa relativité, quand il venait à manquer ou quand il s’étirait bien trop. Les flots de pensées, d’idées, les flots de projets, d’envies. Les flots de retenues aussi. Les flots de déception, de doutes, de peurs.

Ces mots laissés dans le sable, sur les rochers, dans les livres d’or, gravés sur troncs, tagués sur des murs, tatoués sur les corps. Ancrés dans la tête. Ces révolutions gagnées, avortées, ratées, reportées, balbutiées.

Le vent qui caresse, qui fouette, qui hurle, qui ondule, qui gronde et qui se tait. Le vent qui souffle uniquement au-dessus de la forêt silencieuse au milieu des montagnes.

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Marcher sur ce qui aura disparu demain

Les pas qui avancent, les vêtements qui frottent, le sac à dos qui grince. Tous les sons qui ne sont jamais captés, que l’on a tendance à oublier, à ne pas remarquer. Le bruit des premières gouttes de pluie sur la parka, la tente ou les arbres. Le bruit, les crépitements du réchaud, le zip de la tente qui s’ouvre et qui se ferme. Le bruit du zip de la tente qui s’ouvre et qui se ferme de lae voisin-e. Le frottement du sac de couchage sur le matelas de sol. Le tic tac de la montre accroché au sac. Les clips des sacs à dos qui s’ouvrent et se ferment. Le frottement des popotes. Le bruit des bâtons de randonnée qui parcourent les montagnes, les discussions de la tente d’à côté, le podcast qui tourne en repliant le campement. Les dizaines de langues et d’accent différents qui se rencontrent et qui se mélangent. Le bruit des moteurs en tout genre.

Ces notes de musique. Ces éclats de rire qui ont résonné.

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Admirer

Toutes les odeurs aussi : odeur de pluie, d’herbe, d’après-pluie, de cannabis, de gaz, de rien, de nourriture. Cette odeur d’iode, de crottes de  manchots, de chiens mouillés.

La sensation de liberté aussi. Ce truc qui te laisse penser que tout est envisageable, tout est possible. Que tout se construit, et se décide.

Les idéaux qui se confrontent également. Les modes de vie, les philosophies, les attentes, les rêves et les routes divergentes. La perplexité, les compromis, les oublis, les coïncidences et les ratés. Les centaines de visages qui ne seront plus jamais vraiment inconnus, les dizaines de voix qui ne seront plus jamais vierges à mes oreilles.

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Chapelet de volcans

Les discussions politiques et sociales en espagnol dans un préfabriqué, dans un resto-bar, lors d’un walking tour ou dans un mini-bus. Les balbutiements en espagnol, puis les progrès notables. Les bus partagés qu’avec des hispanophones. Les tonnes de déchets sur les bords de route, l’utilisation massive de sacs plastiques, les guanacos empalés sur les clôtures de bord de route, l’exploitation des parcs nationaux par des compagnies privées, les déserts médicaux, les régions abandonnées, les conflits territoriaux et économiques avec l’Argentine, le traitement des peuples autochtones, les régions oubliées, la présence militaire, le tourisme de masse, la dégradation des sentiers et des montagnes, la fonte des glaciers des plus angoissantes.

Les crises d’angoisses aussi, les moments d’indécisions, les jours manqués et les regrets, plus ou moins tenaces. Les instants de fierté aussi, d’euphorie, de cœur léger.

Et tellement plus encore.

Il y a tellement d’instants qu’un appareil photo ne pourra jamais capté.

Alors, je vais le poser encore plus souvent. Et regarder. Avec les yeux, la peau, le nez, les oreilles. Et l’âme.

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Ces moments.
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3 réflexions au sujet de “[Blabla] Ce que je ne pourrais jamais vous montrer de la Patagonie.”

    1. Oui, c’était un vrai beau voyage, dans tous les sens du terme 😊 Pour les guanacos, j’ai traversé un bon bout du désert Patagonien du côté Argentin, et il y a de nombreuses clôtures le long des « champs » (à genre 3 – 5 mètres de ma route) et j’ai vu de nombreux guanacos empalés dessus 😢😢 Probablement en essayant de fuir des prédateurs ou des voitures (ou juste pour essayer d’atteindre l’autre côté de la barrière ?)

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