Le jour où

[Le jour où] j’ai décidé d’arrêter de bloguer pour de mauvaises raisons.

Ca fait plusieurs mois qu’un long processus de réflexion s’est enclenché chez moi. Des mois que je réfléchis à mon rapport à ce blog, à mes attentes, à l’écriture, à l’estime de moi.

C’est d’ailleurs un peu en pensant à ce titre que j’ai créé cette nouvelle catégorie [Le jour où]. La réflexion n’est pas terminée, ni aboutie, mais, ça me tenait à cœur de poster ces mots avant le début de 2019. La symbolique du nouveau départ, de la bonne résolution, du renouveau, toussa toussa.

Je vais commencer par une brève genèse. Parce qu’à tout, il y a un début.

Je n’ai jamais commencé ce blog avec une vision de quoi en faire. De toute façon j’ai toujours tout commencé/compris avec mille trains de retard que ce soit l’univers des blogs, des réseaux sociaux, de youtube, d’ailleurs je viens tout juste de créér un compte spotify (bon sauf Netflix, là, j’étais bien à l’heure dans l’histoire)(malheureusement pour ma concentration).

Et puis, j’ai eu du mal à assumer les choses face aux gens. Ce qui est plus que paradoxal, puisque la première raison de commencer ce blog, c’était de chercher de la validation et du soutien. Oui, oui.
Alors quoi de plus logique que de ne pas parler de ce blog ? De ne pas en faire « la publicité » ?
La logique d’une personne flippée.

Alors, c’est certain, avec le recul je me trouve d’autant plus idiote que le contenu de départ était franchement lisse. Juste un petit compte-rendu de mon voyage en Islande. Mais, mais… J’y parlais de mes émotions, et ça mine de rien c’était déjà une révolution.

Alors, quelle validation, quel soutien ?
Et bien, celui de mes proches en premier lieu. Parce que j’ai eu le sentiment de ne jamais l’avoir, de ne jamais être comprise, être valorisée, vraiment soutenue, ni d’avoir la reconnaissance que d’autre ont. C’est LA raison, avoir des retours. Retours positifs, bien entendu.

Comme ça n’est pas venu, c’était une recherche de reconnaissance plus générale.

Mais, au final, j’ai le sentiment que cela n’a jamais vraiment fonctionné. Je sais très bien que ce blog n’est pas du tout (ou très peu) lu par mes proches, il est très peu visité de façon générale, très peu commenté (même si quand j’ai des retours, ils sont vraiment chouettes et me touchent beaucoup). Et c’est une blessure que je n’arrive pas à panser.

Même les aurores boréales ne compensent pas.

Un peu d’égo, mais surtout un grand manque de confiance. Il y a quelques temps, j’ai écouté un podcast sur la confiance en soi. A l’intérieur un distingo était notamment apporté sur l’estime de soi vs la confiance en soi. Et oui, à y regarder, j’ai de l’estime pour moi. En tout cas, je l’ai travaillé, je l’ai nourri. J’ai appris à me regarder.
La confiance, c’est plus compliqué. Notamment parce que comme l’expliquait le podcast, la confiance ne se construit pas seul-e. Notre environnement y est pour beaucoup. C’est le fait d’être valorisé, soutenu et encouragé par d’autres qui nous poussent à entreprendre, à agir. À vivre.

Et ça, j’ai souvent eu le sentiment d’en manquer. De ce regard encourageant, de ce petit mot qui rassure et qui permet de donner l’impulsion manquante.
J’ai le sentiment d’avoir construit un peu de confiance dans la douleur, après des coups de poings dans le ventre et des griffures au coeur.

Ce blog, c’était un moyen de solliciter encore cette petite pichenette.

Ce n’est pas venu. Ou pas avec la clarté dont j’avais besoin. Parce qu’il y en a eu des petits mots touchants, mais à l’image des encouragements passés, trop discrets, trop sous-entendus. Pas suffisants pour combler mes attentes, mes peurs, mes manques.

Alors voilà, je crois qu’il est temps de l’accepter et de continuer malgré ça. D’arrêter d’être régulièrement déçue, de ne plus laisser mes insécurités m’affecter autant, d’arrêter de quémander auprès des autres ce que je dois d’abord trouver en moi, à savoir : de la confiance, un regard bienveillant et des certitudes sur ce que je trouve utile, intéressant et nécessaire à dire, à montrer, à exprimer.

Je veux arrêter de m’infliger cette vexation permanente, cette remise en question de mes qualités, de ma pertinence. Arrêter de m’inonder la tête avec des « tu n’es pas assez ».

Arrêter de mettre des attentes derrière ce blog, car elles ne sont pas comblées et ne le seront pas. Ni par les autres, ni par le regard que j’ai actuellement sur mon « travail ».

Mais aussi arrêter d’exiger ce que moi-même je ne mets pas en place (même si j’essaye de plus en plus depuis quelques mois). Parce que oui, au final, c’est très hypocrite de ma part, puisque je ne prends moi-même pas forcément le temps d’aller voir ce que les gens autour font, gens que j’apprécie, et donc j’apprécie le travail.

C’est un problème, parce que je suis aussi celle qui me déçoit.

Il y a d’ailleurs une réflexion importante que je me suis fait aussi en promenant les chiens d’un chenil.

Promener dans ce genre de grand froid les chiens.

C’est que parfois on a pas le temps, pas l’énergie, ou ce n’est pas un support que l’on aime. Ou que ça ne nous intéresse pas. Que ça nous touche trop au contraire.

Bref, il peut y avoir des explications autres que juste celle qui hante mon esprit aka « tu es nulle ». Il peut y avoir des silences et des absences qui s’expliquent.

Ce genre de pensées et d’explication pourrait sans doute m’aider.

Mais. Mais non, car ce n’est pas pour autant que je suis capable d’en dépasser la douleur et la déception.

Et. Et je sais aussi qu’il y en a qui n’en ont pas. Parce que moi-même, je ne suis pas un bon soutien. Je survole aussi des posts, des écrits, alors que je soutiens, même j’admire les personnes qui les écrivent.
Ou les personnes qui prennent ces photos. Qui font ces vidéos. Qui vivent ces choses.
Et j’ai beau me cacher derrière le tourbillon de la fatigue, du manque de temps… Bof, bof.
Parce que je vais trouver le temps de m’attendrir sur la vidéo d’un inconnu qui apprend à son chiot à descendre les escaliers ou à flipper devant des dizaines de vidéos d’orques qui entourent des kayaks… J’ai beau le savoir et le critiquer, l’hypnotisation face aux écrans, la passivité d’un scrolling, etc. moi aussi ça m’atteint. Et je me retrouve à perdre des heures sur Instagram ou à regarder des vidéos youtube insipides.
Et puis, je vais aussi avoir la flemme d’écrire sur mon téléphone, remettre à plus tard, etc. Un like c’est bien plus rapide, mais ça ne remplace pas des mots, pas des attentions personnalisées.

Et vu qu’il est l’heure d’être honnête, il y aussi parfois une part de jalousie et d’aigreur.
La petite envie qui m’a rendu parfois pas contente, voir même un peu mesquine, et surtout complètement de mauvaise foi.
Petite Caliméro qui trouvait injuste les félicitations ou le soutien que d’autres ont reçu.
J’ai même été bien hautaine et méprisante, parce que j’ai vu des choses que je juge superficielles ou inutiles, voir même problématiques sur plein d’aspects, être plébiscitées.
Parce que j’étais blessée, carrément vexée, même un peu rabaissée. « Pourquoi pas moi ? »

On ne peut pas obliger les gens à vous trouver pertinent-e, intéressant-e, à vous soutenir, etc. Et ce n’est pas le problème. Le problème, c’est l’attente que JE m’impose et que j’impose aux autres sans leur laisser le choix. Et ça, je dois le changer. Parce que j’ai le pouvoir de le changer. Enfin j’espère.

Alors je vais continuer à parler, entre deux phases de procrastinations, parce que ça ME fait du bien.
Et peut-être qu’un jour j’arrêterai parce que je n’en aurais plus besoin, plus envie, que ça sera trop difficile, ou qu’internet n’existera plus. Je ne sais pas, on verra.

Je le disais au début, ça fait quelques mois que je réfléchis à ça. Pour être honnête, depuis le podcast, qui a été une véritable claque. Alors, c’est aussi pour ça que le blog a évolué. Et continuera sans doute. Même si c’est encore très brouillon, que ce soit sur le papier ou dans ma tête (et écrire depuis mon téléphone c’est vraiment pas aidant pour mettre en ordre mes idées et mes mots), je ne sais pas vraiment où je vais.

Car oui, j’ai bien compris que ce qui intéressait le plus c’était les photos. Parce que c’est facile à regarder, ça défile, parce que c’est plus joli, plus parlant, parce qu’on peut y consacrer moins de temps et d’attention. Mais mon rapport aux photos à également changé, j’en prends moins, et j’aimerais qu’elles aient du sens, pas juste celui d’un souvenir ou d’une quête de compliments ou autres. Alors, j’ai décidé d’être plus distante avec mon appareil aussi.

Les carnets de voyage pratiques aussi ça fonctionne bien. En dehors de mon article sur l’écologie en NZ (qui est mon article le plus visité, comme quoi toute mon analyse est fausse ahaha), c’est beaucoup de gens en recherche d’infos touristiques qui arrivent ici. Beaucoup pour Prague, mais aussi certaines randos de Nouvelle-Zélande.
Bref, je sais et je vois que c’est un truc qui marche parce que c’est ce que les gens cherchent pour construire leur voyage. Je fais la même, je regarde des blogs pour ça, pour trouver de belles randos principalement.
Mais en soit, ça ne m’intéresse pas à écrire, et surtout je ne me sens pas légitime à le faire, parce que je prends pas ces info là, je ne note pas où je dors, je ne fais pas des trucs avec des guides, pas de musées, dans une ville j’erre au gré des ruelles, je ne notes pas les restos où je vais (d’ailleurs souvent je n’y vais pas), etc.
Ce n’est pas mon état d’esprit de faire cela, et des tas de gens le font très bien.

Alors avoir commencer à dire stop cet été, lors des 5 ans du blog, ça a été un moment important, où je me suis dit ok, c’est bon, là tu prends un chemin. Et je me sens bien plus légère depuis. Même si je raconte moins ce que je fais, et bien, je ne me mets plus de pression d’être en retard, de ne pas avoir pris la bonne photo pour illustrer le truc, de ne pas avoir toutes les infos pratiques.

J’ai dit stop parce que j’ai compris que ce qui comptait le plus dans mes voyages ce n’était pas tant ce que je faisais que ce que je ressentais, ce que je réfléchissais.

De la même façon, continuer le projet des portraits alors que c’est pas le plus suivi du tout mais parce que ça me plaît et ça me touche, c’est un pas important.

Pareil avec la catégorie du [Le jour où], je ne sais pas comment c’est reçu, mais je sais que ça contiendra aussi très peu de photos, qu’elle sera axée sur du texte, sur des émotions, etc. C’est aussi prendre ce virage là, de me dire peu importe, je continue.

Je sais qu’il y a encore plein de choses que je n’arrive pas à accepter, parce que vous l’aurez compris, je parle au passé, mais ces sentiments sont encore bien trop présents, et le travail ne fait que commencer. Il y a tout le volet Instagram aussi. Et même globalement tout un pan de ma vie où j’attends trop des autres, de leurs regards et de leurs mots. Ce qui au final ne me fait récolter que beaucoup de déception…

Mais on va dire que c’est le tournant, celui où je me dis « ok ok, j’y vais, on va y arriver».

Et je crois en plus, que ça me permettrait au contraire d’apprécier bien plus les petits mots que je reçois parfois. C’est ça qui compte. Ces échanges là, précieux, dénués de calculs, de petites manipulations ou de fausseté.

Le reste, ce n’est que de l’enfumage d’un égo un peu blessé, que des bâtons bancals portant une confiance en soi fragile.

Et si, les meilleures montagnes étaient les pas vraiment droites ?

Mais bon, en toute honnêteté, c’est avec les yeux bien trempés que je finis ce texte. Parce que ça reste un sentiment d’échec, et vraiment, la métaphore de la blessure qui ne guérit pas est plus qu’adaptée.

Mais haut les coeurs, avec le temps, avec l’envie. Y croire et essayer.

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4 réflexions au sujet de “[Le jour où] j’ai décidé d’arrêter de bloguer pour de mauvaises raisons.”

  1. Ouf. Tu m’as fait peur. J’ai cru que tu allais tirer ta révérence bloguesque… et tout à fait égoïstement cela m’aurait fait de la peine. Je trouve que tu écris très bien, à la fois avec émotion et avec pudeur. Tu écris ce que je n’écris pas, justement parce que je suis trop lue par ma famille moi. J’hésite d’ailleurs à ouvrir une autre page, ailleurs…
    Enfin bref, je suis super contente que tu continues à écrire ici. Et si le contenu doit changer, et bien qu’il change… la vie c’est le mouvement ! Quant à la confiance en soi, c’est un travail de tous les instants… mais tu es forte, sans doute plus que tu ne le penses. Merci pour ce bel article, et bon voyage au bout du monde 🙂
    Grosses bises réunionnaises !

  2. Moi j’aime bien te lire 🙂
    Sur la confiance en soi/moi : j’ai arrêté de regarder les statistiques de mon blog qui auparavant apparaissaient en haut de mon tableau de bord WP (maintenant, je dirais que je les consulte une fois tous les mois par curiosité). J’ai fini par trouver ça malsain, ça faisait course aux chiffres. Comme le fait de regarder sans arrêt le nombre de followers ou de likes sur IG.
    Sur le contenu de ton blog : on évolue, on fait son chemin, et nos blogs évoluent avec nous. On change notre façon d’écrire, de photographier, d’appréhender des choses. Il y a des blogs qui se ressemblent, d’autres qui dénotent, et on y trouve des infos utiles ou pas, on y suit des gens au fil des années. On est dans un monde où tout doit être rapide et efficace, où on ne veut pas perdre du temps à lire des longs paragraphes parce qu’on préfère scroller avidement sans même prendre le temps d’apprécier le cadrage de photos, parce qu’on a 50 millions de choses à faire, parce qu’on consomme du contenu de manière passive, sans même réfléchir à ce que l’on regarde. Eh bien dans ce monde, ça fait du bien de lire tes réflexions (qui ont d’ailleurs toute leur place sur la blogosphère), comme ça fait du bien de lire le quotidien pas forcément folichon d’autres expat’ ou de lire des récits de voyages mi-figue mi-raisin. (Ce paragraphe est sûrement bancal.)
    *Mouchoir virtuel* *Câlin virtuel* ❤

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