Le jour où

[Le jour où] j’ai pris des billets d’avion pour le bout du monde. Encore.

Il y a des jours comme ça.

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Photo non contractuelle.

J’aurais pu vous parler du jour où j’ai pris la décision de faire taire mes peurs et d’écouter mes rêves.

J’aurais pu vous parler du jour où je me suis sentie aussi courageuse, qu’insouciante et fébrile.

J’aurais pu vous parler du jour où j’ai eu un sourire collé au visage pendant de longues minutes, et où un fort sentiment d’ivresse m’a envahi.

J’aurais pu vous parler du jour où j’ai eu le sentiment de faire la plus grosse bêtise et à la fois la chose la plus enthousiasmante de ma vie.

J’aurais pu vous parler de tout ce que j’espère faire là-bas, dans ce bout du monde qui hante mes rêves de voyage depuis plus de 20 ans (outch la claque aha), de cette impatience, de cette excitation, de ces efforts que je fais depuis plusieurs années pour apprendre une nouvelle langue seule.

Mais non.

Parce que c’est avant tout le jour où je me suis assise sur mes convictions par plaisir personnel. Encore.

Parce que c’est un de ces jours où j’ai été une écolo en carton. Une écolo de principes, de canapé, de semaine A, de postures. Encore.

Parce que c’est un de ces jours où je me noie dans mes contradictions. Encore.

Parce que c’est un de ces jours où je me rassure en me disant que la montagne est trop grande, le nombre de grimpeur-ses insuffisant, mal équipé-es et qui ferment autant les yeux que moi, alors foutu pour foutu autant, moi aussi, me faire plaisir. Parce que je le peux. Encore.

Parce que c’est un de ces jours où je me décharge un peu sur le fait que c’est le système, que le problème est plus grand que l’ensemble de nos actions individuelles cumulées, que c’est tout un modèle social, économique, politique, philosophique et éthique à changer. Et je le crois vraiment. Encore.

Parce que c’est un de ces jours où je mesure tout ce que je ne suis pas vraiment prête à abandonner pour nous donner une chance de moins détruire. De moins nous détruire. Encore.

Parce que c’est un de ces jours où j’ai envie de hurler contre toutes les initiatives à la fois si futiles, si minimales, si hypocrites et pourtant si essentielles pour la prise de conscience. Encore.

Parce que c’est un de ces jours où ma présence sur les réseaux sociaux ou ce blog ne se résume qu’à des datas center ultra polluants pour stocker des mots, des photos, quelques likes et quelques échanges, le tout pour satisfaire une quête de validation ridicule. Encore.

Parce que c’est un de ces jours où je ne suis pas à la hauteur de mes principes et de mes convictions. Où je ne suis pas suffisamment cohérente, pas suffisamment courageuse, entreprenante, engagée, militante, efficace, et dans l’abnégation. Encore.

Parce que c’est un de ces jours où j’ai envie de hurler à l’injustice, à la rage que m’inspire le fait qu’on se prive de plaisir pour que d’autres jouissent de leur position de domination. Alors même que je baigne dans un privilège bien en place. Encore.

Parce que c’est un de ces jours où pourtant la vérité me rattrape : je fais aussi partie de l’équation. De son problème à sa résolution. Encore.

Bref, aujourd’hui c’est le jour où j’ai détruit 10 m² de banquise. Encore.

Pour en prendre plein les yeux d’un monde en sursis. Encore.

Pour profiter de mon privilège avant qu’il ne soit trop tard. Encore.

 


Je ne sais pas trop quel est le bu de cet article. Certainement pas de me voir recevoir des fleurs, relativiser sur le fait qu’on fait ce qu’on peut, ni celui de me dire que je fais déjà beaucoup. Parce que ce n’est pas assez. Je peux faire plus. Mieux. Encore. Toujours. Qu’il y a encore des choses auxquelles je dois renoncer. Même si c’est difficile, injuste, insuffisant. Peut-être que c’est juste un constat. Me souvenir de cette réalité, des implications que représentent ces billets d’avion tant d’un point de vue factuel qu’émotionnel. Parler de ce sentiment d’impuissance rageante et qui grignote souvent bon nombre d’entre nous.

Un moyen de me dire que ça sera la dernière fois* ?

*Et ça ne le sera pas, parce qu’après cette parenthèse de quelques semaines, je vais bien rentrer en France par avion d’ici quelques mois en quittant le Canada, et je n’arrive pas à me résoudre à stopper la photo, le blog, instagram, et probablement mille autres choses. Erf…
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3 réflexions au sujet de “[Le jour où] j’ai pris des billets d’avion pour le bout du monde. Encore.”

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