Réflexions, Sur le voyage

[Voyager autrement] 5 livres ou BD qui ont compté dans mes voyages.


Parce que voyager ne passe pas forcément par un départ. Parce que parfois on a besoin d’inspiration, de renseignements, d’impulsion. Parce que parfois une lecture nous donne envie. Parce que parfois un livre peut tout changer. Aujourd’hui j’ai décidé de partager 5 (ou plus) ouvrages qui ont compté dans mes voyages, ou dans ma façon de voyager. En route pour la bibliothèque.

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1/ « On a roulé sur la Terre » d’Alexandre Poussin et Sylvain Tesson

C’est le récit du voyage à vélo d’Alexandre Poussin et Sylvain Tesson à travers le monde. Deux hommes de vingt ans qui nous relatent leurs aventures, rencontres, difficultés et sentiments à travers un monde assez différent de celui d’aujourd’hui, où les « tours du monde » n’étaient pas aussi répandus.
J’ai lu ce livre lors de mon premier voyage solo en Islande, et ce livre m’a transporté sur presque 25 000 kilomètres d’efforts physiques et de paysages tentants ! Ca fait désormais 4 ans que je l’ai lu, alors je ne pourrais pas disserter sur ce que j’en ai pensé en détails, mais je sais une chose, ce livre résonnait en rythme avec mes sensations de découverte des terres islandaises. En effet, ce livre donne envie de voyager, il donne envie de puiser dans nos forces physiques ou mentales pour se lancer et partir à la découverte. A la découverte de soi, des autres, de paysages, de montagnes et du temps. Parce que même si le vélo et moi on est pas potes, j’ai trouvé des tas de similitudes avec ce que je ressens lorsque je marche, et ce livre a fini de me convaincre que « prendre le temps » était une composante essentielle dans ma façon de voyager.

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2/ « Portugal » de Cyril Pedrosa

Cet ouvrage retrace l’histoire de Simon Muchat, auteur de BD qui, un peu en mal d’inspiration et d’envies, décide d’accepter une invitation à passer quelques jours au Portugal. Le Portugal, c’est ce pays dont sa famille est originaire, et où il n’a pas mis les pieds depuis de nombreuses années
Cette BD c’est une ode à la nostalgie, au vague à l’âme, à la quête de soi-même. Et, elle a agi tel un miroir sur moi. En effet, je partage quelques similitudes avec Simon, notamment cette même relation avec le Portugal. L’immigration familiale, le sentiment de honte, l’attachement, les références ou encore la distance et la mélancolie. Alors forcément, j’ai eu le sentiment de faire ce voyage avec lui, de moi-aussi retourner sur ces chemins longtemps empruntés, d’entendre cette langue, d’écouter cette musique, de sentir ces odeurs. Celles qui me transportent sans vraiment comprendre pourquoi ni comment et pas vraiment où non plus.

Alors elle a été la dernière impulsion dont j’avais besoin, le dernier signe que je devais y retourner. Et c’est ce que j’ai fait. Quelques mois après je partais moi aussi direction le Portugal, pour replonger un peu dans ce pays si présent mais aussi lointain, si familier et méconnu à la fois. Découvrir quelques villes avec mon regard d’adulte, arpenter les pavés accompagnée de mes souvenirs d’enfance, plonger le corps tout entier dans ce voyage émotionnel. Et de moi aussi, chercher de la saveur, chercher l’inspiration, chercher de la douceur. Chercher un peu de vie. Quelques pas qui ont été le début d’une année de voyages, d’une année riche en joie, en beauté et en émotions.
Ca fait maintenant plus de 3 ans et demi que j’ai lu cette BD et pourtant, je crois qu’encore aujourd’hui elle anime certains de mes voyages. Trouver sa place, trouver ce lieu où on se dit « ça y est, je suis à la maison ».
Ah et qu’on se le dise, les planches sont juste sublimes, avec des couleurs à se damner. Voilà.

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3/ « Saison Brune » de Philippe Squarzoni

Cette bande dessinée traite du changement climatique, dans toute sa largeur. Entre explications scientifiques, rencontres d’économistes ou philosophes, et portées politiques, Philippe Squarzoni nous pousse à prendre conscience de l’ampleur du phénomène et de ces conséquences déjà observées ou à venir.
Alors pourquoi je parle de cette BD dans cet article ? Et bien parce que j’ai suivi Phillipe Squarzoni les yeux fermés lorsqu’il fait part de ses critiques sur lui-même. Bien sur que nous avons beaucoup à dire sur les politiques gouvernementales globales, sur les systèmes économiques désastreux sur lesquels nos quotidiens, privilèges ou souffrances reposent. Mais nous devons également nous interroger sur nos décisions individuelles, sur ce que nous sommes prêts à sacrifier. Ce que nous devons sacrifier. Car oui, la crise écologique ne se résoudra pas sans que nous changions profondément nos modes de consommations, nos modes de vie. Cette réflexion je la mène au quotidien. Je fais des choix en ce sens. Et forcément, je traverse également ces moments de culpabilité intenses face à mes contradictions, aux choses que je ne suis pas prête à sacrifier aujourd’hui. Et c’est le cas des voyages. Alors cette BD m’a poussé (et me pousse encore) à réfléchir sur ma façon de voyager, à l’adapter, à parfois la contraindre. Je crois que cet ouvrage et les réflexions associées (également des réflexions sur d’autres thématiques) contribuent à me faire évoluer vers de profondes modifications voir abandons de voyages.
Alors oui cette BD est déprimante, lourde, difficile, parce qu’elle est affreusement réaliste. Et malheureusement, notre réalité actuelle ou future ne luit pas d’optimisme.

Et j’en profite pour vous recommander la BD « Dol » du même auteur, qui traite cette fois de politique, plus précisément sur les politiques menées suite à la réélection de Jacques Chirac en 2002, avec un beau focus sur Nicolas Sarkozy. Autant vous dire que c’est rude pour les nerfs aha.

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4/ « Alcibiade » de Rémi Farnos

Cette bande dessinée raconte cette fois l’histoire d’Alcibiade, un jeune garçon qui décide de partir à la rencontre de sa destinée. En effet, il part direction le grand Est pour questionner le grand Sage sur son destin.
Pour cette BD je vais sans doute avoir du mal à exprimer pourquoi elle a compté. Pourtant, je l’ai lu il y a quelques semaines seulement. Mais tout tient de l’onirique, de l’intime. Elle rejoint un peu la BD de Pedrosa, c’est une BD qui donne envie de partir à la quête de soi, du lieu qui serait l’évidence. Mais c’est aussi ce genre d’ouvrage qui vous fait comprendre que parfois vous savez qui êtes, vous savez où vous voulez être, mais c’est trop tôt, ce n’est pas encore le bon moment. Qu’un jour, ce qui vous semble aujourd’hui incongru et inenvisageable deviendra une évidence. Que tout le chemin parcouru n’aura eu pour but que de réaliser à quel point le point de départ comptait.
Et comme je le disais, aujourd’hui le PVT Canada me bouscule parce qu’il se confronte à d’autres convictions, à d’autres aspirations. Mais pourtant, ça me semble trop tôt, encore trop emprunt de renoncement. Alors, comme Alcibiade, j’ai encore besoin de partir à l'(ou)est rencontrer le grand Sage pour faire face à mon destin.

Oh et puis, rien que pour la structure de cette BD vous devez vous laisser tenter, on voyage à travers les planches, et ça c’est formidable !

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5/ « Wild » de Cheryl Strayed

Pendant des centaines de pages on va suivre Cheryl Strayed qui part randonner sur le Pacific Crest Trail. Un chemin qui relie la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Des milliers de kilomètres qui traversent des climats et reliefs variés, sur lesquels Cheryl va traîner sa solitude, ses douleurs et ses espoirs.

Alors clairement, ce n’est pas celui qui m’a fait le plus vibrer, je l’ai même trouvé un peu fade, pas assez approfondi que ce soit pour les descriptions de paysages, que dans l’exploration des émotions ressenties. Pourtant, il a coché une case précieuse : l’inspiration. Mon imagination et mes aspirations propres ont fait le reste.

Faire un long périple à pied seule est un véritable objectif, car il symboliserait un accomplissement, celui d’avoir tout affronter : la météo, le relief, le poids du sac-à-dos, les douleurs physiques, les envies d’abandon, les moments de colère, les doutes, les peurs, le silence.
Et dans Wild, ce sont ces passages là qui m’ont le plus marqué. Ceux où la peau part en lambeaux, où les muscles sont douloureux, où l’envie d’abandonner est forte, mais où celle de vouloir continuer encore plus forte. Ces instants où la peur de la chute, de la météo, de se perdre, des animaux, des Autres nous enveloppe, nous bouscule, mais que l’on finit par dépasser. Et sans doute aussi, l’envie de connaître cette satisfaction finale, cette fierté profonde d’avoir été au bout d’une part de soi-même. Alors oui, Wild m’a convaincu que je vais marcher.

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Et puis, c’est le premier livre qui parle de voyage qui est écrit par une femme sur lequel je tombe et que je lis. Et c’est précieux. Dans un monde où les femmes sont encore traitées d’inconscientes ou d’idiotes parce qu’elles voyagent seules, un monde où bon nombre de femmes ne peuvent pas voyager librement juste parce qu’elles sont (identifiées) femme, c’est important. D’ailleurs les livres de Sarah Marquis (Sauvage par nature, Déserts d’altitude ou Face-à-face nature) sont mes prochaines lectures voyage, parce que femme ou homme, un·e aventurier·e de cette trempe ça ne court pas le globe !

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Et en bonus : « Asylum » de Javier de Isusi

Cette dernière bande dessinée retrace des voyages à part, de ceux que l’on n’ose pas appeler voyage parce qu’ils sont sombres, parce qu’ils sont durs, parce qu’on souhaite ne jamais les vivre : des parcours de migrant·e·s. Tout commence par celui de Marina qui a quitté l’Espagne et sa guerre civile pour la France et le Venezuela. Puis doucement, d’autres voyageu·r·se·s forcé·e·s viennent mêler leur voix, et leur voie.

Cette BD m’a pris aux tripes parce qu’elle nous met tout simplement face à une réalité qu’on n’oublie trop vite : vouloir et pouvoir voyager uniquement pour le plaisir est un luxe sur de multiples plans. Avoir la bonne couleur de peau, la bonne nationalité, le bon genre, la bonne sexualité, le bon portemonnaie, la bonne condition physique. Tous ces paramètres ne permettent qu’à une poignée de privilégié·e·s de voyager au sens confortable du terme. Cette BD rappelle que les voyages ne sont pas tous des anecdotes que l’on prend plaisir à partager. Ce sont souvent des parcours douloureux, violents, traumatisants. Ce sont des voyages où la survie remplace la photo-souvenir, et où les cicatrices remplacent le porte-clef souvenir.
Alors cette BD c’est un de ces ouvrages que l’on termine avec un long soupir, les yeux mouillés et en mesurant notre chance. Un de ceux qui nous a enrichi. En profondeur.

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J’espère que cette petite sélection d’ouvrages vous donnera des idées dans lesquelles piocher vos futures lectures. Oh et je suis obligée de mentionner les BD Transat et Parenthèse Patagone d’Aude Picault dont certaines planches me donnent profondément envie de vaincre mes angoisses et de réussir à passer quelques semaines à naviguer sur les mers.
Et vous, avez vous des ouvrages qui ont compté ? De ceux qui vous ont fait voyager, en douceur ou non ?

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