Réflexions, Sur le voyage

[Blabla] « Mais pourquoi tu voyages ? » : motivations, ressentis, le voyage et moi.

J’avais déjà abordé un petit peu la question lors d’un article sur « Pourquoi voyager seul(e) ? », mais c’est une question qui revient souvent. Quel est l’intérêt ? Pourquoi si loin ? Pourquoi si longtemps ? Pour y faire quoi ? Ce sont des questions personnelles, et surtout des réponses subjectives. Pourtant, j’ai eu envie d’y répondre pour faire le point sur mes motivations.

Il y a un an jour pour jour je finissais de batailler pour faire entrer toutes les affaires que je pensais indispensables dans mon sac-à-dos, je vérifiais pour la quatre-vingt-douzième fois que oui j’avais bien mon passeport, ma carte bancaire et mon billet d’avion pour la Nouvelle-Zélande. Et surtout, je pénétrais dans le hall de l’aéroport avec ce drôle de mélange d’excitation et d’angoisse, avec la certitude que j’allais vivre quelque chose d’extra, et intimement convaincue que c’était ce qui correspondait totalement à ce que je voulais. Mais alors pourquoi ? Pourquoi cette certitude que le voyage était un choix nécessaire ?

La découverte

C’est sans doute la réponse qui me vient le plus spontanément à l’esprit. L’envie d’ailleurs, l’exploration de l’inconnu, l’émerveillement, des visions et coutumes différentes. Et effectivement, c’est sans doute la réponse la plus commune, et sans doute la moins intime. De prime abord.

  • Des paysages

Je suis une adepte des grands espaces, des curiosités géologiques, des merveilles de la nature. J’aime les étendues à perte de vue, le sourire incontrôlable qui nait dans une gigantesque expiration lorsqu’on arrive au sommet d’un pic, la solitude qui m’entoure indéniablement lorsque je regarde un paysage qui me coupe le souffle. C’est comme ça. J’ai des affinités particulières avec les paysages désertiques, qu’ils soient sableux, perdus dans des steppes, au bord des falaises, recouvert de glace, ce qui compte c’est la démesure, c’est le silence, c’est la nouveauté. J’ai envie de voir beaucoup de choses différentes, mais je sais que les paysages qui tiendront le haut de mon panier de voyage ont tous un point commun, le caillou pointu. Ahaha, oui, la majestuosité des montagnes et l’impétuosité des volcans me fascinent depuis des dizaines d’années. Alors ce n’est pas pour rien si l’Islande a été un coup de coeur inégalé, que le désert bolivien une claque visuelle, ou que Taranaki, Mt Sunday ou White Island figurent dans mon top de Nouvelle-Zélande. Et ce n’est pas étonnant de voir ma travel list garnie d’Écosse, de Patagonie, de Namibie ou de Tyrol. Je les aime abruptes, recouvertes de glaciers, arrondies, seule ou en groupe, à grimper ou à regarder de loin, sombres ou colorées, au lever de soleil ou en pleine journée. Peu importe. Les Montagnes.

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La montagne jusque dans la chaussette.

Bon je suis obligée de dire que j’aime aussi l’eau, que ce soit les vagues de l’océan, les rivières, les gorges ou les lacs (avec pontons bien sûr) sinon ça peut risquer de faire désordre ahaha.

  • De soi et des Autres

L’idée ce n’est absolument pas de dire qu’il faut voyager pour découvrir les autres ou pour se découvrir. Pas du tout. Il suffit parfois de traverser sa rue ou même son salon pour tomber sur quelqu’un de différent, il suffit parfois de se lancer dans de nouvelles habitudes pour découvrir que finalement nous pouvons être ou sommes différents de ce que l’on a toujours pensé. Toutefois, je pense qu’en voyageant on entre plus facilement dans une dynamique d’ouverture. Certainement pas tout le monde, certainement pas tout le temps. Mais en tout cas, c’est une de mes motivations. Comme si le voyage me poussait à oser ce que j’évite activement dans ma vie de tous les jours. Comme si le jugement dur envers celle que je suis s’envolait une fois la frontière dépassée et les repères effacés. Alors je m’attache à me comprendre, à essayer, à m’écouter. Mais aussi à poser le regard sur les autres, sur leur histoire, leur façon de faire, leur espoir. Je ne crois pas que voyager me guérisse de la timidité ou de la non-confiance en moi, mais j’ai appris à les dépasser. Ca m’a dégagé la piste, mais je dois quand même être celle qui prend de l’élan pour y parvenir. Je pense que j’arrive à découvrir d’autres facettes de ce que je suis et des autres en voyage parce que je me laisse le temps, parce que je m’en laisse la possibilité, parce que je n’ai aucune routine, aucune anticipation sur le déroulement des choses. Je pense que je m’ôte la pression sournoise du quotidien et des visages familiers. Après tout, arriver dans un lieu nouveau, c’est aussi la possibilité d’être tout ce qu’on a toujours voulu, personne ne s’étonnera de quelconque changement, personne n’attendra que vous agissiez de telle ou telle façon. Je peux être ce que je veux, et je peux disparaitre demain. C’est pour ça que je me découvre en voyage, parce que j’ose être ce que je retiens au quotidien par peur des regards interrogatifs de ceux qui me côtoient depuis longtemps. Au final, ces inconnus me semblent plus aptes à me comprendre, je n’ai pas peur de les décevoir puisqu’il n’y a pas de comparaison possible, je n’ai pas besoin d’assumer ou de me justifier parce qu’il n’y a pas de référentiel dans lequel ils m’enferment.

Et les Autres. Évidemment que les autres sont au rendez-vous. En tout cas, c’est ma volonté, mon espoir. Bien sûr, il y a d’abord tous les partages, les histoires partagées, les moments vécus ensemble, les rires, les malentendus, les incompréhensions. Mais il y a surtout l’enrichissement égoïste. Parce que me confronter aux autres, c’est me confronter à moi-même. Observer mes comportements selon la situation, ressentir tout une palette d’émotions face à des échanges, mais surtout, découvrir ce que je renvoie, ce que les autres perçoivent. Parce qu’on rencontre des personnalités qui nous poussent parfois dans nos retranchements par leurs actes, leurs paroles, leur façon d’être, alors on se découvre des réactions, des sentiments, des convictions. L’autre n’est-il pas le meilleur des miroirs ?

Les sensations 

  • L’infinie relativité

C’est LA sensation qui a marqué au fer rouge l’importance du voyage dans ma vie. C’est ce moment où plus rien ne compte, ou tout me paraît insignifiant en comparaison avec l’instant présent. C’est ces secondes ou heures où je me sens petite. Minuscule. Aussi bien physiquement, que métaphoriquement. C’est cette sensation pendant laquelle je réalise à quel point je suis une poussière dans un univers infini. C’est violent et exaltant. C’est angoissant et terriblement rassurant à la fois.

C’est d’abord une réalité physique. Lorsque je suis devant un paysage immense qui s’étend au delà de vos capacités visuelles ou que je suis cernée de montagnes toutes plus impressionnantes les unes que les autres,à ce moment-là, je dépasse ma réalité quotidienne de prendre trop de place, je deviens factuellement minuscule. Et alors mon cerveau prend le relais. Si je suis minuscule dans ce paysage, alors je suis microscopique à l’échelle du monde, infinitésimale à l’échelle de l’Univers. Et si toutes mon enveloppe l’est, quid de mes actes, de mes pensées, de ma vie ? Négligeable, sans conséquence. Et ceci me rassure beaucoup quand au poids réel de mes échecs. Mais aussi celui de mes réussites. Tout est question de relativité. Et ressentir physiquement cette relativité me permet de faire disparaitre, pendant des secondes ou des heures, le poids accablant que je leste à mes échecs.

Cette sensation est aussi un terrain propice à mes introspections. J’y analyse la fatalité, mais j’y puise aussi souvent de l’espoir, j’y blâme mes erreurs tout en y échafaudant mes projets. C’est la cour de récréation de l’ambivalence, entre doutes et certitudes ou entre entrain et défaitisme, c’est le lieu du possible, du « tout est possible ».

Cette sensation disparait très vite, mais savoir qu’elle existe, que quelque part je peux la ressentir et m’alléger de toute culpabilité ou pressions, c’est essentiel. C’est un moteur.

  • L’ivresse de la liberté

La liberté est souvent associée au voyage, on imagine un mode de vie sans contraintes, sans attaches. Je ne serais pas aussi catégorique. En tout cas, pas vis-à-vis de ma façon de voyager. J’ai le sentiment d’avoir toujours quelques obligations, quelques liens, quelques objectifs. Ca se traduit par un minimum de choses à faire, à voir, à tenir, à avoir avec moi. Mais voilà, j’ai tout de même cette sensation de pouvoir tout décider, de ne pas être encombrer par mille détails, qu’en fait, j’ai pu choisir quelles sont les limites de ma liberté (un choix libre est-il réellement possible ?). Et cette sensation là, elle est grisante. Elle permet à mon cerveau d’imaginer mille et une choses à faire, elle me file une énergie à déplacer grimper des montagnes, elle concentre mon esprit sur les sentiments positifs et le verre à moitié plein de bière.

  • L’optimisme

Je suis foncièrement pessimiste dans la vie. Vraiment. Je ne vois aucun espoir en l’avenir de l’humanité, mon cynisme sur les comportements humains est sans limite, je me sens souvent acculée devant l’immensité des combats que l’on doit affronter. Pourtant, je crois en l’humain, je crois en la solidarité, je crois à l’Homme bon. Mais je bien souvent déçue, et forcée et de voir que ma foi est emportée dans les flots de la haine. Soit. Tant pis, je retourne ruminer et me déliter dans mon plaid qui ne perd pas sa douceur malgré les années et les coups durs. Je continue d’essayer et de le faire, parce que je ne sais pas faire autrement, je fais ce que je peux parce que c’est ma part du travail, mais je reste lucide sr l’échec prévisible de tout cela.

Pourtant en voyage, je retrouve une énergie optimiste, comme si j’étais dans une dynamique insouciante voir confiante. Et j’ai noté que c’était lié à une différence essentielle dans mes deux façons de vivre. Au quotidien, je suis très « connectée ». Pas tant sur les réseaux sociaux, mais sur les flux d’informations. Plusieurs médias, Twitter et des forums comme veille. Ce sont donc des dizaines et des dizaines d’informations négatives qui transitent chaque jour sous mes yeux, qui me bouleversent, qui m’indignent. Qui me mettent en colère. En voyage, c’est pratiquement rien. Parce que je suis occupée, mais aussi parce que je suis dans un autre état d’esprit, plus détachée, plus centrée sur moi. Et la bulle du voyage dans les grands espaces fait que vous croisez souvent peu de gens, que certes il peut y avoir des débats de fond, mais globalement il y a de l’optimisme, de jolis souvenirs échangés, des bons moments. En tout cas, c’est ce que j’ai vécu. Alors forcément, l’optimisme était là. Bien là.

  • Le temps qui passe

En règle générale, j’ai le sentiment que plus je vieillis, plus le temps s’accélère. Je ressens de plus en plus cette espèce de course contre la montre, l’envie de vivre sans attendre. Et en voyage, le temps file tout aussi vite que dans mon quotidien. Si ce n’est encore plus vite, parce que les journées sont chargées en découvertes, en émotions, en efforts. Je suis convaincue que prendre son temps est essentiel pour voyager, pour savourer et explorer. Même si pour être honnête ça me permet surtout d’occuper encore plus de journées activement aha. Je pense que mon voyage est idéal c’est une combinaison de voyage long et lent pour découvrir d’immenses espaces. J’aime la sensation de quitter un lieu en me disant que j’ai vu tout ce que j’avais à voir. Ca ne veut pas dire tout, pas le moindre recoins, mais avoir suffisamment pris mon temps pour me dire que le seul regret que j’aurais c’est de ne plus jamais ressentir la sensation unique de la première fois. Et au-delà des émotions, c’est aussi les sens qui doivent être satisfait. Regarder, sentir, toucher, goûter, voir. Et tout cela, ça demande du temps.

Le dépassement de soi

Je l’ai dit plusieurs fois, mais ce voyage c’était avant tout un challenge personnel, un véritable défi lancé à ce que j’étais.

  • Les limites physiques

On ne peut pas dire que l’histoire s’annonçait des plus calme entre le surpoids et le vertige face aux envies de randonnées sur des tas de montagnes. Et c’est le but. Mettre ses pieds directement sur la piste et ne plus se laisser la possibilité de fuir. Au-delà de l’idée de ne pas en être capable qui m’a parfois frôlé l’esprit, c’est plutôt la sensation de ne pas être légitime qui m’a beaucoup limité dans ma vie quotidienne. Trop grosse. Trop lente. Trop peureuse. Trop encombrante. Et c’est valable aussi pour le voyage. Dans l’imagerie collective, les voyageurs (et particulièrement les randonneurs) sont tous beaux, athlétiques, à l’aise dans leur chaussure de rando et portant la polaire Quechua à merveille. J’avais donc le sentiment ne pas pouvoir faire partie de ce club fermé, que je serais toujours l’intruse, l’imposteur qui essaye de se donner un genre, celle qui se surestime.

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Complètement relax.

Et finalement, non seulement j’ai été à la hauteur, mais j’ai dépassé mes limites, et surtout j’ai compris que tout cela n’avait pas de sens, que ces limites n’existent que parce que je les laissent prendre place. J’ai autant ma place sur les chemins de randos que les autres tant que je remballe mes déchets après le pique-nique, et j’ai autant de légitimité que les autres à faire sécher ma serviette de bain sur les barreaux du lit superposé de l’auberge. Alors c’est toujours une lutte entre l’image que j’ai de moi, celle que je renvoie, et celle que la société approuve, mais je me suis prouvée que mon image ne devait pas être un frein à quelque chose qui me procure autant de plaisir.

  • Les limites psychologiques

 C’est sans doute la partie la plus complexe, personnelle et brouillonne des raisons qui me motivent à voyager. Comme je l’ai dit un peu plus tôt, en voyage je parviens à dépasser certaines craintes qui me semblent insurmontables dans mon quotidien. Et c’est un réel objectif. Me dépasser. Oser contrer la torpeur que je laisse trop souvent s’installer par peur d’agir, d’essayer, de rater (et probablement même la peur de réussir aha). C’est plein de petites ou grandes raisons, plein de barrières plus ou moins insurmontables, et je les trimballe tout le temps avec moi. Y compris en voyage. Sauf qu’en voyage, j’essaye d’en piocher quelques une dans la valise pour leur tordre le cou. Ca fonctionne ou non, peu importe, l’essentiel c’est d’essayer. Parfois ça se fait même naturellement.

Certaines de ces limites sont clairement liées à des considérations physiques, d’autres émotionnelles et d’autre encore plutôt sociétales. Quoiqu’il en soit, elles sont là, et seront encore là quelques temps. La différence est que celles qui ont longtemps été des freins, sont aujourd’hui devenues des moteurs, comme si à mesure que je découvre la grandeur du monde, je réalise que je peux me permettre d’oser faire plus de choses, de m’autoriser à prendre plus de place. J’ai compris que certes je n’ai pas les talents que j’aurais voulu, ni l’aisance que d’autres ont, mais ça ne doit pas être une entrave. Je ne dois pas rougir de ce que je suis, ni de ce que j’aspire à vivre. Le voyage me permet donc d’exploser la prison mentale que j’avais bâti pour avancer toujours plus vite vers l’apaisement. Cet apaisement qui mélange l’excitation de toutes les routes à parcourir, de la fatalité du « ce temps qui reste » et de la certitude que la force sera là pour surmonter la moindre blessure, le moindre ralentissement. Parce que la véritable limite, c’est le clap de fin, celui du saut dans le vide. Alors, en attendant, je lutte, j’avance et j’ose. Et je voyage.

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Faire le point. Avant de foncer.

 

Et pourquoi pas en France ?

Tous les points que j’ai abordé ne sont pas incompatibles avec la France. Loin de là. Le voyage n’est pas une question de kilomètres, de contraste culturel ou de langues. Il suffit juste de décider que ce qu’on vit devienne une aventure. Alors à 10 ou 1000 kilomètres de chez soi, du camping communal au parc de Yellowstone, il n’y a pas de limites, pas de règles à suivre. Chacun ses envies, chacun ses limites, chacun ses projets.

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6 thoughts on “[Blabla] « Mais pourquoi tu voyages ? » : motivations, ressentis, le voyage et moi.”

  1. Je te souhaite encore tout plein de beaux voyages, qu’ils soient à quelques kilomètres ou à plusieurs milliers :-)
    J’ai beaucoup aimé ton paragraphe sur l’infinie relativité, ces moments sont pour moi aussi les plus intenses de mes voyages…

    1. Merci pour le petit souhait, ça me touche ! Et ça arrivera, surtout que votre tour du monde apporte du grain à moudre à mon moulin haha !

  2. Tu écris tellement bien ! Et tu as mis des mots sur des sensations que je n’avais pas encore analysées, merci pour ça aussi ! J’espère que tu auras l’occasion de repartir en voyage très prochainement ;)

    1. Oh merci beaucoup pour le compliment et le remerciement :)
      J’espère aussi pouvoir repartir bien vite à l’assaut des montagnes, mais en attendant je continuerais de te mettre la pression pour le voyage à pied ahaha :P

  3. J’espère qu’on ne me posera jamais une question comme ça car pour moi les voyages ça apporte tellement sur le plan personnel, l’ouverture d’esprit etc … Pour moi c’est essentiel d’aller voir ailleurs et ne pas se confiner dans son pays.

    1. C’est vrai que parfois c’est tellement évident pour soi que c’est même difficile à expliquer. Et à la fois, j’aime beaucoup cette question (j’adore quand on se la pose entre « voyageurs »), parce qu’il y a des petits détails qui varient selon les personnes, des petites envies ou des attentes singulières. Et puis parfois, c’est même un bon moyen pour faire soi-même le point que d’essayer d’y répondre :)

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