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[PVT] Nouvelle-Zélande : bilan de ce que j’ai appris, ce qui a changé en 2015

Au début, j’ai essayé de faire un bilan de 2015. Et puis, je n’arrivais à rien, trop personnel, trop alambiqué alors j’ai pondu un bilan post retour plein d’optimisme (non)(mais oui). Et puis j’ai réfléchi, et je me suis dit, qu’un bilan « ce-que-le-voyage-m’a-apporté-personnellement-genre-très-personnellement » ça pouvait faire office de bilan voyage ET 2015. Alors j’ai essayé. Outch.

Comme pour mon bilan des 3 mois, j’ai essayé de faire des petites catégories, histoire de rendre cela un peu plus clair. Préparez-vous, ça va blablater sévère.

Ma plus belle histoire d’amour, c’est nous

Je sais, magnifique titre, guimauve de l’éternel, Barbara s’en étouffe sans doute dans sa tombe. Soit. N’empêche que, cette histoire de timidité, de confiance en soi, les autres, les émotions, etc., c’était sans doute la partie la plus importante, celle dont j’attendais le plus les changements, et dont je savais que j’étais la plus déterminée à faire évoluer.

  • Entre affirmation et timidité

Aujourd’hui je pense pouvoir dire que j’ai fait de grands pas. Je ne suis pas extravertie, toujours sur la réserve, toujours cette petite boule dans le ventre lorsqu’il faut entrer en contact avec les autres par peur d’être intéressante, toujours un peu ce sentiment d’être à côté de la plaque. Mais, j’ai compris la différence entre vouloir changer et accepter ce que l’on est. J’ai fouillé, analysé, apaisé mon histoire pour comprendre mes réticences, mes peurs, ce sentiment de malaise avec les autres. J’ai compris. Et voilà. J’ai accepté que je ne suis pas extravertie, que j’ai besoin de ce temps d’observation, de cette réserve. Et alors ?

Alors rien. C’est comme ça. J’ai juste appris à le réduire, à ne plus cultiver ces angoisses en laissant mon esprit s’embarquer dans mille et un scénarios dont je serais le pantin ridicule. J’ai juste appris qu’aimer ma solitude ne détermine pas la qualité de ma compagnie. J’ai juste appris que mon équilibre passait avant les attendes sociales auxquelles on voudrait que je réponde. J’ai juste appris à prendre sur moi, à me détendre beaucoup plus vite, à parler de moi, à ne plus m’enfuir au moindre signe d’intérêt, à poser des questions, à me dire que peut-être je ne suis pas qu’un « faute de mieux ». Et cela grâce à quelques rencontres, compliments, engueulades et échanges qui m’ont bousculé, rassuré, apaisé. Parce que j’ai vu que ce n’était pas compliqué d’avoir une conversation banale. Au pire barbant, au mieux étonnamment enrichissant. J’ai vu que beaucoup de personnes n’anticipent pas, n’analysent pas, ne décortiquent pas vos mots, vos gestes, votre corps. Ils vivent, apprécient et accueillent les instants de vie, les échanges. Simplement. Alors j’ose.

  • Les Autres

Alix, Rodolphe, Emma, Keidi, Maribel, Olivier, Bastien, Jenifer, Madison, Sarah, Yvonne, Nanda, Marie-Eve, Jason, Chris, Debbie, Martin, Joseph, Niko, Remus, Soizic, Matt, Kate, Caroline, Bill, Helen, Theresa, Véronique, Yu, Gwennaïs, Neil, Barbara, Mathias, Kristina, Izy, Kanako, Yanic, Kenza, Eddie, Cleber, et tous ces gens dont je n’ai jamais connu ou retenu le prénom-parce-que-j’oublie-vite-sans-facebook (ahem), mais avec qui il y a eu des échanges, de quelques secondes à plusieurs heures voir jours dans un dortoir, dans une cuisine, sur un chemin de rando, dans un bar, sur une terrasse, dans un van, pendant une visite de bâtiments, dans un bus, sur un banc d’aéroport, dans un rayon de supermarché, au travail, autour d’une table. Parce que ces instants ont compté, ont façonné mon voyage, par un conseil, un soutien, un rire, une découverte, une émotion.

On a râlé en cœur, râlé les uns contre les autres, ronflé ensemble, picolé, mangé, débattu, chanté, partagé, ri, on est resté estomaqué devant des paysages, on a galéré, marché, pleuré de rire, craqué nerveusement, commenté, analysé, critiqué, on s’est souvenu, raconté, expliqué, soutenu, défendu, on a rien ou tout compris, peu importe. On a partagé de la vie. Et ça, ça n’a pas de prix.

  • Le clap de fin ?

Je le disais ici, gérer les au revoir et le côté éphémère des rencontres n’a pas été facile. Et ne l’est encore pas totalement. Pourtant, je réalise aussi la richesse de tout cela. Arriver à profiter intensément de l’instant, se nourrir de tout ce que les autres peuvent nous apporter, et donner sans compter, ça laisse une trace indélébile. Une douce chaleur au fond du ventre et un sourire ému lorsqu’on repense à ces visages et ces moments.

Et puis, cela m’a également permis de me détacher de relations décevantes. Le temps, les évolutions différées, les intérêts, les comportements autant d’options qui parfois vous éloignent d’amis d’antan. Et c’est souvent difficile d’accepter que ceux qui ont été des piliers deviennent des phares lointains ou des souvenirs. Pourtant, désormais, j’accepte. Est-ce que c’est triste ? Oui. Est-ce que c’est grave ? Non. Autant rester sur de bons souvenirs, ne pas nourrir de rancœur, conserver son énergie pour des moments heureux, et accueillir la distance comme une étape qui peut être ou non définitive.

De la même façon, le voyage a créée des rencontres qui sont suspendues par la distance géographique, par des projets ou dynamiques différentes, et pourtant aujourd’hui j’arrive à me dire que c’est chouette. Que peut-être dans une semaine, un an, deux ou dix, ces visages réapparaitront au détour d’une rue ou d’un aéroport.

Au fond, des chemins qui se séparent ne deviennent pas pour autant parallèles, alors qui sait de quoi l’avenir sera fait ?

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Le phare, probablement ma plus belle symbolique de l’amitié.

L’avenir professionnel remis en question

Cette fois c’est plutôt la catégorie un peu inattendue, celle qui prend chaque jour de plus en plus de place dans les interrogations alors que je ne m’y attendais pas vraiment.

  • Qu’est-ce que j’aime vraiment ?

J’ai toujours été un peu perplexe de voir que nos vies étaient articulées autour du travail. Bien souvent on travaille plus dans une journée que l’on ne dort, alors j’ai toujours voulu un métier que j’aime. J’ai eu la chance de pouvoir faire des études stimulantes, que j’ai adoré, et pourtant tout a toujours été un peu « par défaut », « par hasard ». Parce que ça me semblait fou et absurde de choisir à 18 ans ce qui allait composer la majeure partie de ma vie, alors que je ne connais pas grand-chose de plus que mon quotidien de lycéenne. Je n’avais aucune idée des possibilités qu’offrait ce monde, de ces limites aussi. Alors j’ai fait ce que j’ai pu. Je ne regrette pas, mais je m’interroge toujours. « Et si ? ».

Et ce « Et si » il a pris de plus en plus de place.

Les expériences de HelpX ont été réellement bénéfiques et enrichissantes. Du travail manuel, en extérieur, des activités jamais testées auparavant. C’était super, c’était un autre environnement, c’était une autre façon de travailler. Il y avait un enrichissement personnel et des échanges différents de ce que j’avais pu connaître par le passé. Et la place de ce travail dans mon quotidien était également chamboulée. Parce que j’ai aimé mon temps libre. J’ai aimé partager mes journées entre mes 4h de travail et le reste de ma journée à crapahuter, découvrir, apprendre, écrire. Plus dynamique et active que jamais alors que théoriquement je travaillais moins. Alors « et si » il y avait autre chose, une autre vision des choses, une autre façon de faire, de vivre ?

  • La pression et les contraintes sociales

J’ai aimé cette liberté du voyage, presque cette insouciance quotidienne. Pas de projets à long terme, pas question d’épargne ni financière ni sur les moments à vivre, pas d’enrichissement direct de mon CV. Et c’était chouette. Vraiment. Alors quand en rentrant les remarques s’enchainent :

« Et maintenant il faut trouver un travail » « oui enfin la retraite quand même » « Rien faire ce n’est pas fatiguant aussi » « Et alors t’en es où ? », et bien non seulement ça fiche la trouille, mais en plus ça accroit cette pression qu’on se met déjà tout seul.

Je ne rêve pas de pavillon à la campagne ni du labrador et des deux enfants qui courent dans le jardin. Ce n’est pas moi. Je le vis bien, mais je vois surtout les autres attendre ce moment où j’en prendrais le chemin. Ce moment où j’en émettrais le souhait. Ce moment où j’arrêterais de m’enfoncer sur ce qu’ils considèrent comme un chemin de traverse. Je suis heureuse d’aller au mariage des autres, je me porte volontaire pour assurer des jours de garde ponctuels et j’aime bien donner mon avis sur les biens immobiliers (passion détectée), mais ça ne m’attire pas.

Et à côté, je vois petit à petit d’autres construire et embrasser ce qui m’attire. Alors forcément, je me rajoute de la pression et de la dépréciation. J’ai tendance à croire qu’on se compare toujours un peu aux autres. Ceux qui sont confiants, talentueux, méritants. Ceux qui réussissent. Ceux qui osent. J’ai toujours eu cette sensation de courir après le temps, de ne pas avoir compris, réussi avant. Rencontrer des gens plus jeunes que moi qui se sont lancés dans ce qui me fait rêver et me fait peur n’a pas aidé. Ce fut juste une pression culpabilisante et dévastatrice supplémentaire que je m’infligeais bêtement par comparaison.

Je ne pense pas être naïve ou utopiste, alors je suivrais moi aussi probablement encore longtemps ce système « métro boulot dodo » qui m’abime un peu malgré tout. Ou plutôt qui abime mes convictions, qui abime ce monde meilleur auquel j’ai envie de croire. Jusqu’au jour où peut-être …

  • La peur d’agir

J’aimerais croire que je suis capable de tout plaquer pour me lancer. Mais ce n’est pas le cas. Manque de confiance ? Manque de force ? Manque d’idées ? Manque de moyens ? Manque de légitimité ? Sans doute un peu de tout ça.

Alors certes, ça tourne dans ma tête et ça bloque. Mais j’ai envie de croire que tout cela n’est pas vain. J’aime cette image de cet arbre un peu moche, sans feuilles, avec les branches tombantes au tronc fragile et grignoté que tout le monde regarde tous les jours avec un peu de pitié, avec presque l’envie de l’abattre puisque de toute façon il est foutu. Alors que non, il s’enracine, il développe son espace souterrain, il prend place. Et comme ça, un jour, il pourra grandir sans problèmes, sans tanguer, sans risquer d’être trop lourd, trop haut, trop fragile.

Au final ce sentiment de ne pas avancer, d’être bloqué, inconsistant et fragile n’est qu’un reflet faussé du miroir. Parce qu’on ne peut pas voir ce qui se passe dessous. On ne sent pas nos racines qui s’enfoncent, qui grandissent. Ca pousse. Et surtout, on ne voit pas non plus ce qu’il s’est passé et ce qu’il se passe chez les autres arbres de la forêt. Alors, à quoi bon essayer de copier une vie dont on ne connaît que l’apparence ? Pourquoi ne pas juste y puiser la force de nourrir cette dernière impulsion, celle du « moi aussi je peux », celle du « qui ne tente rien ». Les remises en question ne sont pas anodines, ne sont pas vides de sens ou d’action. Ca pousse.

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Un jour la forêt.

Les voyages, les randonnées, les complexes physiques

  • Définitivement, la certitude

J’ai évolué plus vite durant ces quelques mois, qu’en plusieurs années. Malgré tous les sentiments négatifs, malgré toutes les difficultés, c’était enrichissant, c’était puissant. Alors j’en veux encore. Je veux encore des montagnes à gravir, encore envie de me dire que cette limite que je pensais immuable, je l’ai dépassé, je l’ai explosé. J’ai soif de cette sensation que rien ne peut être une limite, soif de cette fierté d’avoir tenté, d’avoir essayé, d’avoir osé. Soif de cet apaisement si particulier que je ressens lorsque je marche, lorsque je me dépasse, lorsque je respire. Alors oui, les voyages sont là et seront là.

Au-delà de la découverte, c’est cette absence de certitude qui m’a enivré. C’était nouveau, moi qui aimait le quotidien, qui était rassuré par les petites habitudes, qui adorait son petit cocon d’appartement, bim me voilà propulsé dans le fourmillement permanent et les plans incertains et brusquement changeants. Je ne dirais sans doute pas « liberté » parce que je suis convaincue que cette sensation peut se retrouver hors du voyage mais plutôt une confiance dans cette instabilité, dans ces milles possibilités. Et j’ai adoré ça.

J’ai d’ailleurs écris à propos de la chanson que j’écoutais lors de mon décollage de Nouvelle-Zélande « Et pour toujours, ça sera le rythme qui me rappellera ce 19 octobre, ce jour où quelqu’un a pris conscience de sa naissance, et des possibilités qu’elle a pour être heureuse. Pleinement. ». (et après je signifiais que j’aimerais recevoir un oscar juste pour le plaisir d’écrire un discours de la chialade, que j’avais faim, et que j’allais remonter le temps, mais bon).

Alors oui, certitude que ces incertitudes seront là pour longtemps. Seule ou non, les voyages seront là.

  • Entre vertige et surpoids

J’aimerais avoir l’air crédible lorsque j’assène que « non je n’ai pas le vertige, j’ai juste peur de tomber », mais on m’a bien fait comprendre que c’était raté aha. Pourtant, la différence est essentielle. Parce que ce n’est pas tant le vide ni la hauteur qui me pose problème, mais bien l’absence de confiance en ce qui a sous mes pieds. Donc un tabouret instable sera tout aussi difficile qu’une crête aux cailloux glissants. Bon, au final, ça ne change pas grand-chose au fait que, les randos ne se font pas sans appréhensions, malgré tout le bonheur qu’elles me procurent. Alors parfois, ok souvent, c’est avec les jambes tremblotantes que j’ai affronté des crêtes, des bords de falaises, et des pentes glissantes. Mais je l’ai fait. Et cela non sans fierté.

Au-delà de ces appréhensions-là, il y avait également la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas en être capable, de ne pas être physiquement apte. Comment traîner mon gros fessier jusqu’au sommet des montagnes ? Comment tenir le rythme de marche, un peu (beaucoup) chaque jour ? Comment ne pas se sentir comme le boulet à trainer ?

Et bien je ne sais pas. Mais ça l’a fait. J’ai gravi des montagnes, je n’ai pas (toujours) été la dernière, pas si lente, pas si nulle. Enfin je crois. Ou plutôt je crois que je m’en fiche un peu. Je l’ai fait. Les joues bien rouges parfois, le souffle court ou les jambes qui tirent mais je n’ai jamais lâché. Je n’ai jamais abandonné. Alors maintenant je sais que je suis capable de beaucoup, de beaucoup plus que ce que j’ai longtemps cherché à me convaincre.

Les engagements et convictions

Cette partie a pris une importance capitale, sans doute parce qu’elle est la passerelle entre tous les pans de ma vie. J’aurais aimé pouvoir en parler, détailler, exposer mon point de vue. Mais j’ai peur de ne pas suffisamment précise, brouillonne, pas suffisamment inclusive et donc maladroite. Mais c’est important de tout de même le souligner. Le noter.

Ce voyage m’a confronté aux mêmes discriminations qu’en France. Bien sûr il y a des spécificités, d’autres visages, d’autres histoires et pourtant, les mécanismes excluant m’ont semblé si familiers… Ca fait longtemps que plus grand chose ne m’étonne. M’indigne oui, mais ne me surprends plus. Pourtant, là, je perds l’espoir, je perds l’envie d’essayer, petit à petit tout est grignoté. C’est comme si en ouvrant les yeux sur les conséquences, comme si en comprenant de mieux en mieux les causes de tout ce qui va de travers, je me rapprochais de la montagne des problèmes du monde et que je me rendais donc compte petit à petit de sa taille gigantesque, de la barrière insurmontable qu’elle représente. Je perds petit à petit l’espoir qu’un jour quelque chose change. Même si à chaque fois il y a un élan, ça vrille. Toujours.

J’ai toujours trouvé le monde absurde. Illogique. Tellement de bêtises. Pourquoi vouloir étendre ses frontières ? Pourquoi chercher autant de pouvoir ? Pourquoi placer l’argent au centre de nos considérations en écrasant les valeurs sociales ? Pourquoi haïr, asservir, utiliser, dénigrer l’Autre ?

Pourquoi ?

Nous n’aurons jamais de réponses. Et ce n’est pas l’important. L’essentiel c’est ce qu’on fait un peu tous les jours pour stopper cela. L’important, c’est ce qu’on choisit d’être aujourd’hui.

Alors je ne détaillerai pas, parce que je ne saurais même pas quoi en dire, en tout cas pas aujourd’hui. Mais je sais que tout ce qui m’a indigné hier, m’indignera encore plus fort demain. Et que malgré l’espoir qui s’éteint petit à petit, je dois agir plus concrètement. Parce que je n’ai pas de légitimité à mériter mieux, à avoir autant de choix en m’asseyant sur le droit des autres, alors essayer c’est le moins que je puisse faire.

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Différent n’est pas synonyme de moins bien.

Les Troubles du Comportement Alimentaire

Une des motivations premières à mon départ, vouloir mettre de la distance avec ces habitudes trop ancrées et trop douloureuses. Essayer d’en finir.

  • Les prises de conscience

J’en avais parlé précédemment, le « pourquoi tu manges » a été une révélation. J’ai donc compris que la gestion des émotions et des ressentis étaient la véritable clef de cette maladie. Il est donc nécessaire de me recentrer, d’apprendre à ressentir de nouveau la faim, distinguer la nécessité physique de la compensation émotionnelle. Un véritable raz-de-marée.

A côté de cela, j’ai pris beaucoup de temps pour observer et analyser les répercussions des TCA sur l’ensemble de mon caractère, sur mon rapport au corps mais également mes interactions avec les autres. Ce fut particulièrement violent de réaliser le nombre de barrières et de kilomètres d’épaisseur de carapace que je pouvais mettre entre eux et moi. Je connaissais les fuites et le repli, mais je n’imaginais pas que c’était une telle source d’angoisse. En les observant j’ai aussi compris que je réfléchissais sans doute trop. Que j’anticipais négativement (team scénarios improbables et défaitistes), que je décortiquais le moindre ton, le moindre mot. J’avais peur d’être maladroite, alors je préférais bien souvent me taire. Et puis, j’ai compris que les autres n’agissent pas comme ça. Ils parlent, ils y vont. Avec maladresse parfois. Mais avec entrain souvent. Alors peut-être qu’il était possible d’être plus spontanée sans que les jugements ou le ciel me tombe sur le coin de la tête.

J’ai remarqué que je m’interdisais certaines émotions en public. La colère. La tristesse. L’indignation. L’attachement. Comme si en tant que grosse je n’étais pas légitime de les ressentir et de les exprimer. Je ne sais pas pourquoi, mais je bloquais. Je souriais, rougissais, et finissait par détourner le regard si je n’avais pas déjà tourné les talons.

  • Les avancées

Je revois cette scène, anodine mais tellement révélatrice. J’étais en colère, vraiment en colère, épuisée par le comportement de certains de mes compagnons de voyage, je n’avais pas petit-déjeuné (épisode pot de confiture le retour), on perdait du temps, on tournait en rond, alors j’ai eu envie de manger, comme avant. Emotion > peur de la gérer > action > nourriture. Je me suis levée, j’ai pris des galettes de riz, et à la première bouchée j’ai su que non. Je ne le ferais pas. Que non, je mangerais ces galettes par faim (j’avais pas petit-déjeunéééééééé), pas par colère. Du coup, j’ai accepté, j’ai râlé (bien fort), c’était nécessaire, et voilà. Je suis passée à autre chose. Révolution !

J’ai été capable de gérer mon émotion, de la ressentir, de l’exprimer, et de la laisser s’apaiser seule. Sans compensation, sans soutien physique, sans sur-culpabilisation. Merveilleux.

J’ai aussi compris qu’une émotion aussi négative qu’elle soit (colère, déception ou tristesse par exemple) peut surtout devenir un véritable moteur. Une sorte d’énergie insoupçonnée et surprenante qui pouvait me faire déplacer ou grimper des montagnes à défaut de casser la gueule aux origines de ces dites émotions. Sur plusieurs rando j’ai été en colère, j’ai eu peur, ou je me suis détestée, et pourtant j’ai tenu, j’ai marché, j’ai réussi. Parce que j’ai puisé dans ces émotions négatives la force de me battre, de dépasser mon vieux réflexe presque pavlovien du « tu n’es pas capable, laisse tomber ». Je n’ai pas lâché. Je suis arrivée au bout, et j’ai pris la vue en pleine face. Et le sourire qui va avec !

Dans les interactions avec les autres, des barrières ont sauté et de la carapace s’est effritée. Comme je le disais dans le premier paragraphe, j’ai appris à parler, à échanger, à assumer. J’ai verbalisé des souvenirs douloureux, mais aussi des espoirs, des projets, des rêves, des convictions, des visions personnelles et intimes que ce soit sur ce blog, dans des mails, ou face à face. J’ai eu le sentiment de me mettre à découvert sans pour autant me mettre en danger, sans avoir besoin de trouver refuge dans la nourriture par la suite. Révolution et merveilleux bis !

Doucement j’ai compris la différence entre faim réelle et simple envie. Le but n’est pas de s’interdire tout plaisir, mais de simplement savoir que si c’est un problème d’émotion, je peux sans doute trouver une autre solution, un autre exutoire.

  • Le reste du combat

Je dois tout de même admettre que c’est bien plus facile de ne pas chuter lorsque l’on est entourée en permanence, ou lorsqu’on est active tous les jours. Ce qui n’est plus le cas depuis mon retour. Pour autant je ne suis pas retombée dans de mauvais travers. Le fleuve n’est pas aussi tranquille et apaisé que lors des road trip notamment, mais ce n’est pas un retour en arrière.

Il y a encore beaucoup à faire, j’apprends notamment petit à petit à me recentrer sur les sensations que l’on ressent lorsqu’on mange. Me concentrer uniquement sur mon assiette et éviter les éléments parasites et les stress inutiles. Cela surement encore long, surtout qu’il est important pour moi de ne pas m’enfoncer dans un contrôle abusif, des interdictions ou tabous alimentaires.

Et bien sur le plus difficile reste à faire. S’aimer. Se regarder. Ne pas se juger. Ne pas se fustiger ni se mépriser. Faire face. Stopper tous les « petits trucs », les petites stratégies mises en place l’air de rien pour oublier cette enveloppe corporelle que l’on déteste. Etre celle qui tient l’appareil photo et pas celle qui est sur la photo est un exemple typique. Je m’évitais tellement que je ne savais même pas à quoi je ressemblais, ou que je ne voulais pas vraiment le savoir. Parce que cette image sera forcément une blessure, ce regard de pitié ou de jugements des autres, cette personne qui n’est pas moi. Se cogner à son image c’était le car crash à éviter absolument. Et ça, pour l’instant, ça n’a pas changé.

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Toc toc, qui est là ?

Et bien sûr, encore plus chaque jour vivre les choses pleinement, de plus avoir peur de ressentir aucune émotion. Positives ou négatives, peu importe, elles sont là, ne cesseront pas d’exister et peuvent au contraire accoucher de beaux instants.

 

Les petits changements en vrac

Ce n’est pas très intéressant et pour beaucoup ça coule sans doute de source, mais je partais parfois de loin.

  • OR GA NI SA TION

C’est beaucoup moins bordélique que je suis rentrée. Ma chambre est rangée, je remets les choses à leur place après utilisation, c’est presque angoissant de voir ce changement. Au final, vivre dans des espaces réduits, ou toujours le gros dans des sacs m’aura appris à centraliser les choses, à ne pas me laisser m’éparpiller et finir en rangement de printemps à chaque fin de mois. Bon, je ne vais pas me mettre à faire mon lit hein (parce que non jamais, c’est ma lutte), mais il y a du mieux. Du beaucoup mieux.

  • L’envie de cuisinier et d’essayer est revenue

Après des mois à vivre dans des cuisines inconnues, j’ai retrouvé le goût de la cuisine à Mt Cook et à Tekapo lors de mes HelpX. L’isolement des villages m’a obligé à prévoir les stocks et surtout à cuisiner en conséquence si je voulais autre chose que des pâtes et ses déclinaisons. Ce fut donc le retour des pains maison, des pâtisseries, des tests de nouvelles saveurs par échange culturel, etc. Et après plus d’un an de végétarisme, le végétalisme a commencé à doucement prendre sa place quotidiennement. Crèmes et laits végétaux, remplacement des œufs dans les préparations (la mousse au chocolat à partir de jus de pois chiches on en parle ?), découvertes des multitudes de différents tofu, des fabrications de fauxmage à partir de pommes de terre. Bref, tout un nouveau monde qui continue de prendre forme depuis que je suis rentrée. Et c’est cool.

  • La patience

J’ai toujours cru que je n’étais pas patiente, surtout avec les autres. Pourtant, certains épisodes de voyage (HelpX à Fox Glacier dont je parlerais sans doute un jour, compagnon de voyage bien agaçant, compagnons de dortoir fatiguant) m’ont démontré que j’étais capable de garder mon calme, de faire tampon voir de laisser couler. Et même si intérieurement je cogite, bougonne et critique, j’arrive à apaiser la situation temporairement. Car oui, comme tout, avoir des limites c’est bien aussi.

  • Le temps n’est pas extensible, mais la flemme est tenace

Avant tout ça, j’ai longtemps eu en bouche la meilleure excuse du monde pour justifier flemme et procrastination : « Mais je n’ai pas le temps ». Ce voyage m’a démontré que c’était faux. Je ne voulais surtout pas le chercher ce temps. J’aimais ma petite flemme, mes petites paresses. Mais l’évidence est là, il est possible d’en faire des choses en une journée. Le fait de savoir mon temps en Nouvelle-Zélande compté m’a poussé à faire quelque chose chaque jour. Vraiment, je pense que les jours de « glande » se comptent sur les doigts de mes deux mains. Même la pluie ou le brouillard ne m’arrêtait pas. Des randos, des balades, des articles de blog (on ne dirait pas, mais c’est long !), des discussions, des petits jobs, de la cuisine. Donc la culpabilité aidant, j’ai pu être active, dynamique, avoir la bougeotte et aimer ça. Oui j’ai été fatiguée parfois. Mais il y avait tellement à faire, tellement à voir, que ça passait à la trappe.

Alors maintenant je sais que je peux remplir mes journées plus efficacement. Que je perdais trop de temps dans du vide qui ne m’apportait pas autant de positif, pas autant de contentement. Je n’ai plus dans l’idée qu’un quotidien est un peu fade ou chronophage, c’est juste à moi de ne pas avoir peur ni de la fatigue, ni d’oser. Et cela rejoins mes désirs d’engagements plus concrets.

Alors, heureuse ?

Non. Parce qu’aujourd’hui je suis dans une drôle de phase, retour, attente, doute. Mais, fière, très fière ça c’est une certitude. Et heureuse de l’avoir fait. Lorsque je me retourne sur ce temps passé là-bas c’est avec un sourire immense, parce que c’était vraiment chouette. Une bouffée de bonheur.

Et je reviens en paix. J’ai compris que je devais laisser tomber ce combat avec le passé, cette confrontation. J’ai réalisé que pour gagner je dois accepter de ne pas vouloir rattraper ce temps perdu, ne pas vouloir réparer, me venger, ou le terrasser. Juste le laisser derrière. Accepter qu’il m’a nourrit, qu’il m’a construit, mais que je peux désormais faire mes choix, déposer les valises qui m’encombrent pour ne garder que l’essentiel. Mon sac-à-dos.

Alors oui c’était bien. Bon pas tout hyper bien hein. Et puis long et court à la fois. Perturbant et enrichissant. Fatiguant et excitant. A digérer et à refaire au plus vite. Ou pas. Ca dépend. Je n’en sais rien. Mais promis, c’était bien. Si, si vous promets.

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Souvenirs brûlants. Souvenirs puissants. Souvenirs vivants.
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10 thoughts on “[PVT] Nouvelle-Zélande : bilan de ce que j’ai appris, ce qui a changé en 2015”

    1. Oh, ça ne me rassure pas beaucoup de savoir que les questions sont toujours là aha !
      Enfin j’espère tout de même que tu as trouvé un peu d’apaisement, parce que cette sensation de tourbillon est plutôt désagréable :( Pour le moment j’ai encore l’espoir ça puisse m’aider à trouver de la force et des impulsions pour changer et avancer ! Même si effectivement les réponses aux questions peuvent rester en suspend …
      Courage en tout cas :)

      1. On va dire que ça dépend des jours… Mais c’est un peu difficile de retrouver une « vie normale » quand on sait qu’il est possible de vivre au jour, le jour sans avoir grand chose de matériel et en se faisant plaisir. Enfin le plus compliqué c’est d’essayer de l’expliquer (du coup j’ai abandonné et parfois c’est oppressant de ne pas réussir à se faire comprendre).
        Bon weekend

  1. Bravo pour ce post! (Et pour ce blog parce qu’en fait j’ai tellement accroché que de liens en liens j’ai passé l’après midi à te lire…). Ta plume est sincere, profonde, fraiche…ça me met mal a l’aise quand parfois je me dis que j’ai vécu des situations similaire, mais ça me fais réfléchir.
    Je ne sais pas qui tu es plus que ce que tu livre dans tes articles, je ne sais pas à quoi tu ressemble plus que ces photos où on te montre sous des couches de fringues, et je ne sais même pas où tu en es aujourd’hui, j’avoue je n’ai pas tout lut non plus et surtout dans le désordre, mais j’ai envie de te dire « je t’aime »! deux petits mots que l’on m’a dit quelques fois, mais deux petits mots pas lourd, deux petits mots sans consequences, mais qui sont les seul à traduire le sentiment que je rescent là…comme j’aime ta manière d’écrire.
    Les voyages nous changent j’en suis sûr… Après la question n’est plus « et demain? » mais bien souvent on oublie le passé et le futur pour ne vivre que le présent. C’est la force que je retrouve dans tes articles et ça fais du bien… Alors je te souhaite de continuer a vivre ton présent à fond!

    1. Et bien alors ça … Quel adorable commentaire, vraiment, je suis touchée (et du coup sans le mot aha !). Je vais donc probablement devoir me contenter d’un profond et sincère merci.
      Le seul souci de ces voyages, c’est le retour, celui où la vie nous paraît un peu trop étriquée, un peu trop limitée. Et je suis en plein dedans, dans cette envie de pousser les murs mais ne sachant pas encore trop comment m’y prendre. Ca pousse, ça prend forme, mais ça rame encore aha !

  2. Bonsoir,
    Avant de passer sur la photo du mois, je me suis égarée sur cet article. Quel résumé, mais quels aveux, quelles prises de conscience et quelle analyse. Tout cela est magnifiquement écrit, lucide. Je ne te connais pas non plus, et je ne te dirai pas je t’aime, je suis une mamie. J’admire ce que tu as écris, j’admire ta sincérité, cette mise à nu.
    J’ai lu l’article parce qu’il s’agissait de la Nouvelle Zélande, un sujet qui me tient à coeur. Non pas pour y avoir été. J’en rêve même à soixante-six, et l’Australie.
    Continue je l’espère quel que soit ton âge à aller de l’avant. Moi aussi je me suis reconnue dans ces analyses, dans ces questionnements, dans ces avancées, retours en arrière, doutes. Je pense qu’en tant qu’être humain, cela semble normal. Tu étais aussi en voyage. Comme je ne suis (suivre) pas ton blog, je n’en connais pas le contexte. Alors entre un début de match France-Albanie et la fin à l’instant, j’ai commencé à lire et j’avais presque fini lorsque je reviens à l’instant pour mettre mon commentaire.

    Merci pour ce voyage intérieur. Finalement cela me rassure, je pense que au fond de nous, nous empruntons bien souvent des chemins identiques, je ne parle pas physiquement mais intérieurs. Il y a bien entendu des variantes )
    Merci encore. :)

    1. Oh je viens de découvrir ce commentaire, et heureusement, quel dommage de ne pas le lire !
      Ce commentaire est tellement touchant, je ne saurais dire suffisamment merci, parce qu’il est aussi une belle piqûre de rappel pour moi-même. De savoir qu’on passe tous par des questionnements parfois douloureux mais tellement formateurs, et surtout que ce genre de remise en questions est perpétuelle, parce que malgré la difficulté, elle nous permet de faire le point, de redresser le gouvernail, voir de changer de cap. Et ça, c’est essentiel.
      En ce moment, ces doutes m’assaillent de nouveau, parce que l’envie de voyage se fait de plus en plus pressante alors que j’ai un contrat en cours, alors comment la gérer, comment l’anticiper, comment patienter ? Je crois que la réponse je viens de la comprendre en lisant votre commentaire, continuer à aller de l’avant, à construire le plan suivant, continuer à rêver !
      Encore merci :)
      (Et pardon pour le reatrd de réponse aaaaaah).

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