Point post voyage, post retour, totale perdition. Demain ou l’optimisme.

Cela fait maintenant près de quinze jours que je suis bloquée devant cette page blanche. Je ressens l’envie de parler, d’avoir une multitude de choses à dire. Et à la fois, j’ai envie de me taire parce que je suis complètement déboussolée, angoissée et attristée.

 Comme j’ai déjà pu le dire précédemment, je n’étais pas triste de quitter la Nouvelle-Zélande, mais j’avais peur de rentrer. A quelques jours du retour, j’étais gonflée à bloc, mon cerveau croulait sous une tonnes d’idées, de projets, d’envies, j’avais confiance en mes capacités, en mes changements, en l’avenir. Pourtant, je gardais en tête cette angoisse forte que mon optimisme ne durerait pas.

Et je ne m’étais pas trompée, petit à petit tout s’est délité.

Le retour qui fait mal

J’ai posé le pied en France avec un sourire plus large que jamais. Je n’ai sans aucune doute jamais été aussi heureuse de lancer un « bonjour » à un policier. Je rêvais de baguette, de pâtisseries, de bonnes bières et de ces rires reconnaissables parmi des centaines. J’avais envie de parler de ce voyage, de découvrir tous ces moments ratés auprès de ceux qui me sont chers, de rire avec eux. J’avais hâte de vérifier l’adage qui dit qu’on se rend compte à quel point on a changé que lorsqu’on remet les pieds dans les chaussons de sa vie d’avant.

Et ce fut vrai, à peine le sac-à-dos déposé dans cette chambre si familière c’est à la fois un sourire nostalgique qui m’a gagné, mais surtout un étouffement brutal et un coup de massue.

                Pied posé, tête ailleurs.

Mais qu’est ce que je fais là ? Pourquoi je suis rentrée ? Je suis où ?

J’ai eu le sentiment de crouler sous des objets qui ne m’appartenaient plus, qui ne me ressemblaient plus. Je suis revenue dans un lieu qui m’a certes vu grandir, mais qui ne m’a pas vu me transformer. Je suis revenue brasser de la poussière, secouer des souvenirs, en poser d’autres. Mais ce lieu, ce n’est plus moi. Trop petit, trop serré, trop éloigné. Il est resté figé dans un temps qui me semble désormais si lointain, et il le restera probablement pour toujours alors que de mon côté j’avance. Je marche, je construis. Je me construis.

Le contrecoup de la solitude a également été particulièrement violent, comme l’impression de tout à rien. Toujours un fourmillement autour de soi, du bruit, de la vie. Et là, une chambre vide, un silence pesant. Je me suis retrouvée seule face à des souvenirs qui s’effacent, à des visages restés à des milliers de kilomètres, à des mots bloqués sur des émotions contradictoires.

J’avais envie de repartir. De m’alléger, de continuer à grandir, à évoluer aussi vite que je l’ai fait, de retrouver ce mode de vie que j’avais laissé derrière moi. Pas ce pays, pas un pays, non mais cet état d’esprit dans lequel j’étais.

                La vie déconnectée

A côté de cela, pendant ces mois de voyage, égoïstement j’ai pris mes distances avec les médias. Plus je me déconnectais du monde, plus j’avais le sentiment d’être connectée avec les gens autour de moi. Alors, au retour, lorsque j’ai retrouvé mon quotidien de solitaire, j’ai repris mes habitudes d’hyper-connectée écumant les sites d’informations et les articles militants. Comprendre ce monde, le connaître et avoir l’espoir de le voir changer positivement. Ce retour fut brutal. Violent.

Puis les attentats, les élections, la COP21, les réfugiés, état d’urgence, etc., etc. Je retrouvais un monde que je ne reconnaissais pas, ou sans doute que j’avais oublié. Que j’avais voulu oublier. Celui de l’exclusion, du racisme, de l’absence de réflexion, de l’ambition personnelle au détriment de l’intérêt collectif, du profit financier au détriment de toute justice sociale et écologique, les lobbys, le sexisme affligeant, les fuites en avant, les discours haineux, l’absence d’équité, le mépris de classes, la xénophobie, la violence, les peurs, les coups bas, les mensonges et manipulations politiques et médiatiques, la mauvaise foi, le refus d’admettre ses responsabilités, le poids de l’histoire ou encore de ses actes et choix. Que du beau monde en somme.

Pourtant, je les avais aussi côtoyés en voyage, mais là, c’était comme une perfusion à même le cœur. En flux continu, et toujours plus fort. Plus assommant.

                Le point du « Alors c’était comment ? »

Souvent accompagné du « Qu’est-ce que tu as vu/fait de beau ? ». Cette question, c’est à la fois le paradis et l’enfer. Forcément j’ai eu envie de parler, de raconter, de détailler, de partager tous ces mois. Et sans doute que d’autres ont eu envie de connaître, de comprendre, d’entendre ces récits, ces souvenirs, ces histoires. Mais la rencontre de ces deux mondes se fait difficilement. En tout cas, je ne la trouve pas agréable. J’ai eu le sentiment de trop en faire, de trop en dire, et mal qui plus est. Parce que j’ai sans doute raconté des détails qui ont semblé futiles, que j’y ai mis trop d’enthousiasme, ou au contraire que j’ai eu l’air blasé.

La certitude c’est que cela m’a épuisé et blessé. Ce voyage a été un véritable tsunami personnel, pas parce qu’il a tout détruit, au contraire, parce qu’il m’a révélé ce qui était essentiel pour moi, ce qui me rendait vivante et enthousiaste. Parce qu’il a libéré des verrous bloqués, parce qu’il a surmonté des années d’échecs et de blessures. Un tsunami de bonheur.

Alors le raconter, je l’ai vécu comme un délavage à la javel. J’ai terni ce qu’il a été parce que je suis incapable de le raconter à sa hauteur. Incapable de cerner l’ensemble des changements. Incapable de faire vivre ces multitudes de souvenirs. Incapable d’incarner mes propres émotions au final. Et c’est violent de le réaliser cela. Réaliser que tout cela est déjà si loin, et que cela reste fragile.

Oui mais alors et maintenant ?

Cette question, c’est sans doute la question qu’on m’a le plus posé depuis que je suis rentrée. Et c’est sans doute celle qui m’a le plus foutu la trouille et qui m’a le plus déprimée. Parce que je ne sais pas tellement.

                Entre prise de conscience et contradictions.

J’ai la tête pleine, vraiment. Pleine d’envies, d’espoirs, de projets, de rêves tous un peu plus fous et différents que les précédents. Mais je me confronte à une réalité, celle d’un monde qui tourne vite, trop vite. D’une société, d’un entourage qui attend des choses de moi que je ne suis peut-être pas prête à donner. Que je ne veux pas donner. Auxquelles je ne crois pas, contre lesquelles je lutte même. Alors comment faire ? Comment se trouver, se faire confiance et essayer ?

Je ne sais pas. Je ne le sais pas encore.

Ca tourne, l’estomac et la tête en vrac. J’ai le cœur lourd. Que de sensations agréables n’est-ce pas. Mais oui, cette culpabilité de ne pas en faire suffisamment, de ne pas être à la hauteur, de régresser, de retomber dans des comportements apeurés, frileux, paresseux est bien là. Omniprésente. Mille possibilités, et mille freinages d’urgence.

La culpabilité ne m’a pas fait prendre conscience de mes contractions, je savais déjà qu’elles aient là, comme d’autres étaient là avant, et d’autres seront là après. Mais j’ai pris conscience que je ne pouvais peut-être plus vivre avec certaines d’entre elles. Ou en tout cas, que je ne pouvais plus continuer à les enfouir sous le tapis de ma conscience.

J’ai posé mes yeux sur ma travel list bien pleine. Et, là j’ai culpabilisé. Parce que c’est contraire à toutes mes convictions écolos, puisqu’on ne va pas se mentir l’avion et les road trips en van c’est cracra. Parce que c’est un privilège que beaucoup ne pourront jamais vivre, puisque ne nous le cachons pas seule une infime partie de l’humanité a réellement accès aux voyages touristiques. Parce que je veux tout voir et vite pour ne pas rater des paysages qui vont bientôt disparaitre, puisque cela me rappelle cette sorte de course à la consommation dans laquelle nous sommes élevés. Parce que c’est me couper de toutes implications sociales et politiques le temps de vacances, puisque je suis dans une bulle lorsque je voyage. Et ça, toutes ces contradictions, toutes ces envies et ces culpabilités, elles me grignotent la tête depuis tout ce temps. Comment faire ? Comment concilier ce dont j’ai envie et ce en quoi je crois alors que tout cela semble incompatible, voir antagoniste ?

Je ne sais pas trop. J’essaye d’y réfléchir. Compensation carbone pour l’avion. S’impliquer, financer et mettre en avant des projets locaux. Découvrir, s’imprégner, valoriser une culture sans la dénaturer ou se l’approprier. Autant de petites pistes que petit à petit j’essaye d’approfondir pour mettre en place de plus beaux projets, de plus beaux échanges. De plus beaux partages. De plus beaux voyages.

J’ai envie de croire que c’est possible. Même si cela reste profondément égoïste, parce que la solution la plus simple serait de faire une croix sur ces voyages, m’investir complètement dans une vie locale, et défendre fermement mes convictions. Pourtant, j’ai en tête que parfois, il est bon aussi de faire ce qui nous rend un peu heureux. La vie ne devrait pas être une suite de souffrances et d’épreuves, alors je continuerais mes gestes quotidiens, et je ne peux qu’améliorer le reste.

                Reculer pour mieux sauter ?

« Each day is a new beginning ». Il y a cette phrase collée qui orne un bout de toile de lin dans un de mes placards. Mais aussi une quatrième de couverture d’agenda, un post-il au fond d’une boîte à souvenirs et surtout gravée au fond de ma mémoire. Chaque jour est un nouveau départ. Chaque jour. Nouveau départ. Depuis quelques semaines, elle trotte dans ma tête. Justement, depuis mon retour. Depuis que je n’ai plus aucune vision sur le futur départ, depuis que je suis dans ce flou d’attente. Je reste dans cette torpeur qui mêle impatience, peur et blocage. Je vais probablement y rester le temps que cela s’éclaircisse, que des projets concrets viennent prendre le relais. Un nouveau boulot, un nouveau quotidien qui laisse la part belle aux projets en tout genre. Alors j’attends. Et forcément, ça continue de grignoter force et optimisme. J’ai le sentiment de repartir complètement en arrière, comme si je n’avais rien appris, comme si rien n’avait changé. Comme si rien ne s’était passé. Trou noir, vide intersidéral.

Et puis j’ai repensé à une conversation que j’ai eu avec un petit papi précisément 8 jours avant de quitter la Nouvelle-Zélande. Nous avons parlé de voyages, du monde et de sa négativité, du prisme des médias qui influent sur nos humeurs, sur nos comportements, qui alimentent nos peurs et nos méfiances, alors que si on regarde, que l’on sort et que l’on vit, les interactions avec les autres peuvent être si positives, si enrichissantes, si … belles. Et il m’a dit peu ou prou ces quelques mots.

« Tu n’as pas à penser au futur. N’y pense pas. Vit, simplement. Pas à pas. La seule différence entre le toi d’avant et celui de maintenant, c’est que maintenant tu sais. Tu sais ce dont tu as besoin pour être heureuse. Alors, tu te battras pour ça, peu importe à quel point ça sera difficile ». Et c’est vrai. Maintenant je sais. Je sens ce dont j’ai besoin et envie. Même si c’est flou, même si c’est imprécis et mouvant. Et ça prendra du temps, il y aura encore des doutes, encore des échecs, des ratés, mais la force et la certitude de savoir change mes perspectives. Alors, je me battrais pour que ça arrive. J’essayerais. Je vais essayer.

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 » Running down to the riptide. Taken away to the dark side. »
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6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Virginie dit :

    C’est un très bel article, je pense que de nombreux voyageurs partagent ces sentiments et incertitudes à leur retour. Personnellement je serais en pleine dépression si en revenant de mes mois de vadrouille et de solitude je n’avais pas déjà eu pour projet de repartir (expat ce coup-ci). Je te souhaite de trouver ce qui te fera de nouveau vibrer !

    1. Lair_co dit :

      Merci beaucoup pour le compliment et l’encouragement aha.
      Effectivement, c’est un sentiment répandu, et justement de voir d’autres voyageurs rebondir très vite ça met un poil la pression aussi (foutue manie de se comparer et comparer les expériences grrr). Mais bon, chacun son rythme, ses envies et son bonheur :)
      En tout cas je vais aller découvrir tes vadrouilles de ce pas :D

  2. Kenza dit :

    Ils sont tellement riches tes articles, je les lis une première fois, j’y repens, je reviens, j’y réfléchis, ils font écho. Moi aussi le grand sourire à Roissy ces derniers temps, ce manque de repères en 2014 parce que je n’avais rien qui m’attendait après, et cette question de comment raconter. Mes copines lisent mon blog, ça suffit. On pense qu’on va être accueilli comme un aventurier, qu’on va nous poser plein de questions et qu’on va devoir faire 18 soirées photos, mais non, c’est pas (plus ?) trop ça. Mais c’est pas grave. Ca veut pas dire qu’ils ne s’y intéressent pas ou qu’ils n’écouteraient pas, comme nous par rapport à leur vie restée là. Continue d’avancer :)

    1. Lair_co dit :

      Déjà merci beaucoup (et si la richesse signifiait que mon article est brouillon je le prends aussi comme un compliment :P).
      En tout cas, c’est exactement ça, on s’attend à être reçu en héros (et bon ce fut un peu mon cas tout de même), mais tout retombe bien vite, et surtout je n’étais pas à la hauteur de leurs attentes, et eux probablement dans la lignée de ce que j’attendais. Comme si les deux mondes ne se rencontraient pas vraiment. Et comme tu le dis ce n’est pas grave, c’est juste une perturbation de plus au retour. Une petite ligne en plus sur la liste des chamboulements à gérer. Une si petite ligne comparativement à d’autres ^^
      Merci en tout cas !

  3. J’aime beaucoup ce que t’a dit le petit papi, je trouve qu’il a raison. Moi aussi je me sens toujours pleine d’énergie lorsque je rentre, et puis après ça se délite… et tout l’enjeu est là, réussir à faire suffisamment d’efforts pour garder l’énergie et l’optimisme qu’il est si facile (ou en tout cas plus facile) d’avoir en voyage. Ce que tu écris me fait penser à deux citations (j’adoooore les citations ^^), d’abord celle de Francis Scott Fitzgerald « La sagesse suprême c’est d’avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue pendant qu’on les poursuit » (car je trouve que parfois la routine devient une montagne qui les cache un instant…), et puis celle de Dhirubhai Ambani « si tu ne construis pas tes rêves, quelqu’un t’embauchera pour l’aider à construire les siens ». Un peu d’égocentrisme ne fait pas de mal ;-) Courage pour le retour, j’espère que ça va mieux. Grosses bises !

    1. Lair_co dit :

      Merci beaucoup pour le partage de citations (j’adore ça aussi 😁). Du coup je les connaissais et j’aime vraiment la deuxième, parce qu’elle permet parfois de se recentrer sur nos désirs, on a beaucoup trop tendance à remettre à plus tard, à vouloir les conditions idéales avant de se lancer, et surtout regarder les autres vivre au lieu d’essayer de se lancer. Du coup on passe à coté de tout, et on s’enferme dans une morosité.
      De mon coté on va dire que le deuil de la NZ est fait, mais la phase latente est toujours là j’espère que la situation va vite se débloquer pour pouvoir me relancer concrètement dans des projets de voyage (oui encore et encore aha !). Continuez à bien profiter je vous suis avec grande attention ! (Et bonne année du coup :))

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