Road Trip, Jour 21 à 25: Du Rotoiti Lake à Kaikoura en passant par Abel Tasman

Les cinq jours que je vais vous présenter ici sont sans doute les plus éprouvants et aussi les plus décevants de ce road trip. Météo capricieuse, beaucoup de kilomètres, la fatigue qui s’accumule, des tensions, des peurs. En route !

Après une arrivée maussade à St Arnaud, le soleil est avec nous et c’est tant mieux, puisque aujourd’hui on grimpe. Au programme, Mt Robert. Une petite randonnée de 5h annoncées (mais en 3h c’est fait) qui nous emmène au sommet du dit mont et nous offre une vue sur le lac Roititi et les environs. La déception c’est de ne pas avoir pu faire le track qui va jusqu’à Angelus Hut, mais l’absence de matériel adéquat pour l’un (ahem), le vent déchaîné combiné à des passages de crêtes (coucou vertige), et les montagnes encore enneigées, auront raison des mes envies personnelles. Tant pis c’est le jeu, et Mt Robert ne sera pas de tout repos !

Nous partons donc depuis le car park supérieur, et zou. Environ 1h de grimpette plutôt drue sous le soleil plutôt chaud, avec une vue imprenable sur le lac. Enfin une rando qui ne débute pas dans un bush ! La fin de l’ascension se fait tout de même dans une petite forêt. Nous marchons tous les 3 à des vitesses différentes, ça fait même du bien de marcher seule, de se reposer un peu l’esprit. Mais ce n’était pas une si bonne idée que cela. Sortie de forêt, le sommet est à portée de chaussures de rando. Mais personne en vue. Et le vent que l’on ne sentait pas jusque là, me gifle très fort le visage. Olololo. Vraiment, ça souffle. Et toujours personne. Étrange. J’avance, je suis le chemin luttant contre les rafales de plus en plus virulentes. J’aperçois un refuge, je me dis « Ah ils doivent attendre à l’abri ». Je m’approche, il est fermé, personne autour. Personne au loin. Gloups. Le stress aha ! Je me cale derrière de gros rochers, j’essaye de prendre des photos, même ça je n’y arriverais pas vraiment, le vent me déstabilise beaucoup trop. Et les interrogations sur la « disparition » de mes compagnons de voyage bousculent mes esprits.

DSC_0112 (2)
Un deux trois coup d’vent !

J’avance encore, et j’aperçois un panneau à un embranchement. Car park à gauche, Angelus Hut à droite. Toujours personne à l’horizon. Ahem. Je tourne à gauche en espérant très fort qu’aucun n’aura eu l’idée saugrenue de continuer à droite aha. Bon en réalité, pragmatiquement je me dis que c’est impossible, vu le vent, la durée annoncée, les petites neiges au loin, et je ne vois personne sur les crêtes. Mais non seulement on perd la notion du temps très vite lorsqu’on est seul (et qu’on ne regarde jamais l’heure comme moi), mais on est très vite soumis aux scénarios improbables à base de chutes, d’enlèvements d’extraterrestres ou de volonté de vous semer. Oui, le cerveau travaille trop parfois.

DSC_0111 (2)

Après ma bifurcation, enfin ! J’aperçois au loin une silhouette qui se débat avec le vent. Youhou ! Mais c’est étrange, une seule personne. Hum. Et puis je vois une crête. Hum. Et je vois la silhouette continuer d’avancer sans s’arrêter, sans attendre. Je commence franchement à m’agacer. Je ne comprends pas comment on peut être à ce point irresponsable et ne pas s’arrêter pour vérifier si tout le monde va bien, si personne n’est blessé, perdu. Je suis sur le cul. Et voir la crête combiné aux rafales de vent me met dans une rage intense puisqu’ils savent que j’ai le vertige. Alors je serre les dents et je peste à voix haute. Cette colère me donnera sûrement la force de ne pas faire demi-tour, d’avancer malgré la peur qui me serre le ventre. J’ai peur, mais je ne peux pas faire demi-tour sans les prévenir, si jamais ils m’attendent, et je ne veux pas abandonner, je ne veux pas lâcher. Je passe cette crête sous des rafales de vent qui me font tanguer et changer de trajectoire tant leur force est impressionnante. Ouf. J’ai réussi. Quelques larmes de colère et de soulagement coulent. Ca va grogner quand je vais les retrouver. D’ailleurs un refuge, ils doivent attendre là bas. Personne. Mais c’est quoi cette attitude ? Ma colère s’amplifie. Deuxième refuge, toujours personne. Et là la descente commence, donc j’ai une vue sur tout le chemin (ou en tout cas une grande partie), et je vois une silhouette qui continue d’avancer sans s’arrêter, sans même se retourner. Olololo ça m’agace. Et ça m’inquiète. Une seule silhouette. Une seule personne. Bizarre. Je décide de rallumer mon téléphone (qui avait peu de batterie ahem) pour vérifier si il y avait du réseau au cas où. Réseau ok. Je continue ma descente. Et là, peut-être 5 minutes après, mon téléphone sonne. Je décroche avec un sublime « Je te déteste » mêlant le rire de soulagement et la colère de la peur. S’en suivent de longues minutes à base de « mais désolé je me suis perdu » « ouais mais je vous déteste y’a plein de crêtes bordel » « mais je sais j’ai couru pour appeler » « mais comment t’as fait pour te perdre ». Un grand moment improbable aha.

Une fois la tête soulagée de ne pas avoir à appeler les secours depuis le haut d’une montagne, je reprends ma descente direction le car park. J’ai encore bien 1h de marche devant moi. Et non sans mal, vent et précipices de montagnes n’étant pas là pour me faciliter la tâche. Et je continue de rouspéter sur l’attitude du compagnon de voyage qui ne s’était pas perdu mais qui n’a pas attendu. Je rage en réalité. Bref, un peu apaisée tout de même j’essaye de profiter de la vue, parce que ma foi, c’est plutôt canon.

DSC_0117 (2)
Sous le veeeeeent !

Arrivée au bout du chemin, on me récupère dans le van, je suis toute chamboulée. Le repas de midi ne passera pas, je n’arrive même pas à parler. Contre coup de la peur, chute d’adrénaline. Et je reste sur le derrière de l’attitude je m’en foutiste de l’un des compagnons de voyage. Un tournant vient d’être pris. L’irrespect déjà aperçu plusieurs fois lors des jours précédents vient juste d’être brandi en étendard. L’ambiance se refroidit.

On reprend la route, et je reprendrais mes esprits petit à petit en discutant et décortiquant les ressentis/frustrations avec le compagnon de voyage qui s’était perdu, et les rires viendront vite accompagnés cette rando désormais connue sous le doux nom de « rando de l’enfer », mais qui au fond a débloqué pas mal de choses, a permis de se confronter à des sentiments certes peu agréables mais très instructifs, et puis ça permet de faire un tri plutôt efficace sur les gens aha.

Bref, on reprend la route, l’objectif c’est d’arriver au camping choisi proche du parc Abel Tasman avant le coucher du soleil. Objectif rempli ! Et c’est une soirée entre vin et confidences qui s’est profilé. Une des plus chouettes du road trip ! (Bon seulement à deux, le divorce étant plutôt consommé désormais avec le troisième voyageur).

DSC_0111S (2)

Le lendemain au programme, la pointe nord ouest de l’île du sud, avec en guests:

La plage de Wharariki, ses immenses cailloux, ses seals, et ses étendues de sable. Encore une fois chanceux nous crapahutons en vitesse pour pouvoir admirer arches et caves avant que la marée montante ne nous piège.

Le Cape Farewell, ses falaises et ses immenses étendues verdoyantes que nous prenons le temps de parcourir.

Le Farewell Split ses dunes à perte de vue, la vue sur la mer et son calme. Nous passerons de longues minutes sur ce sable, sous le soleil du printemps qui s’annonce et qui nous laissaient fantasmer sur des glaces !

Le lendemain le temps est un peu maussade, mais nous faisons tout de même quelques marches avec au programme une grotte plein de stalactites, du bush, un trou immense, une vue sur la vallée depuis des cailloux fendus, une source d’eau très claire et un petit boulot de maintenance de la route. Oui. Quand les néo-zélandais déboisent des arbres, c’est à vous de dégager la route. Sympa.

Le lendemain nous voulions faire du kayak et longer les côtes d’Abel Tasman, mais le temps infâme ne nous le permettra pas. Et d’après les prévisions, ce n’est pas en attendant un jour de plus que cela va s’arranger. Nous filons donc direction Kaikoura, 350 km le tout sous une pluie ininterrompue, du bon petit brouillard et des bords de routes complètement inondés. Journée palpitante en somme. Et le lendemain sera malheureusement d’un acabit identique avec du brouillard en veux-tu en voilà, dommage quand ce qu’il y a de plus beau à voir à Kaikoura ce sont les montagnes … On se consolera avec des bébés seals épuisés par les pluies diluviennes des jours précédents.

Puis nous prendrons la route du Levis Pass qui malgré la pluie sera une jolie surprise pour les yeux. Le soir, nous arrivons à Greymouth. La bière et le coucher de soleil seront le réconfort des deux longues et décevantes journées. Beaucoup de kilomètres pour beaucoup de paysages ratés … Allez, demain ça ira mieux !

Publicités

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Justine dit :

    Superbes photos, vraiment dépaysant, j’ai hâte de lire la suite

    1. Lair_co dit :

      Merci beaucoup :D

  2. Arf, il y a des périodes comme ça… ! Je suis assez sidérée moi aussi de l’attitude de ton compagnon de voyage qui n’a attendu personne, c’est dingue (et pas raisonnable…)
    J’ai du retard de lecture par ici, mais je vais rattraper ;-) Bises !

    1. Lair_co dit :

      Oui ce compagnon de voyage mériterait un livre à lui tout seul, et surtout c’est décevant de voir qu’on vit quelque chose d’incroyable mais que quelqu’un le gâche et passe à coté. Mais bon c’était instructif au final !

      Normal pour le retard vous avez tellement à vivre en ce moment ;)

Un avis, une critique ou un petit mot d'encouragement ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s