Réflexions, Société & Convictions

[Blabla] La France, mon identité, le voyage et moi.

Je bouscule un peu mon programme (car oui je suis organisée et j’ai un calendrier que j’espère suivre et tout)(quand je vous dis que ce voyage m’a changé faut me croire aha), parce que j’ai besoin de m’exprimer un peu. Pas forcément bien, pas de façon claire, pas forcément très creusé ni rien. Je vais juste parler en mon nom, juste parler de mon ressenti, de mes questionnements.

Et ce n’est peut-être pas grand-chose vu que ce n’est que moi, mais c’est déjà beaucoup. C’est mon voyage de vie, ma voie. Ma voix.

 Est-ce que je me sens française ? Pourquoi ?

Je ne suis pas née française, j’ai fait une demande au tribunal pour le devenir à 13 ans. Et lorsqu’on m’a demandé pourquoi je voulais cette nationalité j’ai répondu presque du tac au tac « parce que c’est plus facile pour les papiers ». Trop d’émotions, je sais. Il n’empêche que oui, c’était ma réalité. A 13 ans, comme aujourd’hui avec le double d’années, c’est le pays où j’ai grandi, où j’ai vécu, où je vis. Alors j’estimais déjà que j’avais le droit d’avoir la vie facilitée pour faire mes études, passer mon permis, avoir une carte d’identité sans aller dans un consulat dans la grande ville d’à côté, etc. C’était ça, c’est ça.

On peut dire que je suis issue d’une double culture, comme beaucoup de gens. En face, de cette France où j’ai vécu, il y a la culture de mes parents, qui eux-mêmes ont vécu ailleurs, mais surtout en France, mais qui ont aussi eu la culture de leurs parents. Bref, on va tout de même dire, deux cultures, toutefois assez proches. Voilà. Sauf qu’elles ne sont pas moi. Je ne suis pas elles. Je suis un être à part entière, j’ai pris, renié, transformé ce dans quoi j’ai baigné, parce qu’elles sont aussi des valeurs que je ne partage pas. Et en devenant française, je n’ai pas le sentiment d’avoir effacé cette part de culture et d’environnement. Alors c’est bien que ce sentiment d’appartenance, de « se sentir » quelque chose est complexe, personnel, varié.

La France c’est mon pays, là où je suis née, ma nationalité, là où j’ai grandi, la langue que j’ai parlé en premier et qui m’est la plus naturelle et spontanée à utiliser. C’est aussi des références culturelles, des symboles que je connais, une histoire que j’ai étudié. C’est l’endroit où j’ai vécu pendant 96.2% de ma vie (oui j’ai fait le calcul). J’y ai le droit de voter, de m’exprimer, de me mouvoir, de travailler, et tout un tas d’autres trucs. C’est tout ça.

Mais ça ne veut pas dire que c’est chez moi.
Ou que ça le sera.
Ou que ça ne le sera pas.

Au fond, je dirais que la France est mon pays de référence. C’est l’endroit d’où je viens et celui vers qui je retournerais probablement parce que pour l’instant c’est là où il y a ma famille, mes amis. Et que je n’ai rien construit ailleurs, alors c’est mon port d’attache en quelque sorte. Je ne sais pas ce que c’est se « sentir français ». Je n’ai pas une liste de critères qui déterminent si oui ou non je « vis à la française ». La France n’est pas mon mode de vie, n’est pas un ressenti. C’est juste un fait, je suis française.

IMG_20151210_164430d
Les papiers vs la vraie vie.

Et c’est facile dans mon cas puisque personne ne met d’enjeux derrière ma nationalité. Personne ne m’a jamais demandé si je me sentais française, si je l’étais vraiment. Et surtout, on ne remet pas régulièrement en question ma capacité ou ma qualité à l’être. Et ça, ce n’est pas le cas pour tout le monde …

Et ton patriotisme alors ?

Des petites définitions pour commencer :

  • D’après le Larousse : Attachement sentimental à sa patrie se manifestant par la volonté de la défendre, de la promouvoir.
  • D’après Reverso : Attachement et dévouement à sa patrie.

Bon en somme, valoriser, défendre, aimer son pays. Bon bah ça s’annonce compliqué de me déterminer comme patriote.

Je ne peux pas dire que j’aime la France, parce que je ne l’aime pas dans son entièreté. Je suis reconnaissante, et je mesure la chance que j’ai eu de grandir, et celle que j’ai d’évoluer ici. Mais voilà, ça s’arrête là. Jamais je ne prendrais les armes pour la France. Jamais je ne défendrais la France au mépris de mes convictions personnelles. Jamais je ne limiterais ma vie à ses frontières ou son rayonnement. Je n’ai pas besoin de symboles pour savoir quelle place la France a dans ma vie, ni savoir quelle place j’ai dans ce pays.

La Marseillaise a un chouette rythme (les pompompoooon sauront toujours me séduire), mais cela reste un chant guerrier que je suis mal à l’aise à claironner pour marquer mon ralliement, soutien ou n’importe. Le drapeau français est cool, facile et avec de belles couleurs, mais voilà, c’est un drapeau, ce n’est pas lui qui me rattache à la France. Bref, les symboles, l’état d’esprit français, le mode de vie à la française, je ne sais pas ce que ça veut dire. Parce que je n’ai pas le sentiment de vivre comme les autres, de penser comme les autres, d’être comme les autres, sinon je ne passerais pas autant de temps à être agacée (euphémisme bonjour) par mes co-citoyens.

Oui il y a un contexte, un environnement dans lequel je baigne depuis des années bien souvent, mais il n’est pas tout. Il est un peu comme mon ADN, une multitude de gènes à disposition, certains favorisés par mon environnement vont s’exprimer, tandis que d’autres resteront silencieux. Et bien pour moi, la culture, le pays, c’est pareil. Tout un tas de choses sont à ma disposition, une éducation, des traditions, une histoire. Et je prends ce qui m’intéresse, je transforme, adapte, délaisse, renouvèle. Parce que j’essaye de les analyser. Parce que j’essaye d’y réfléchir. Parce que la société est en mouvement, les pensées, la morale, les droits aussi. Alors parfois, je vais partager des instants sans pourtant partager les valeurs qui sont mises derrière. Et c’est très bien comme ça.

Me sentir ou ne pas me sentir française ne m’empêchera pas de critiquer la France, sa société et ses gouvernants. Simplement parce que j’y ai vécu, parce que mes amis, ma famille, des connaissances y vivent. Parce que j’en attends beaucoup ? J’y ai appris à toujours chercher, toujours garder du recul et un œil critique que je continuerais de m’indigner du traitement excluant qu’elles réservent à certaines catégories de ses habitants, du mépris qu’elle affiche face aux réfugiés, de son indifférence face au désastre écologique, de sa complicité avec un système financier qui asservit et exploite au nom du profit d’une poignée, de sa complaisance avec des gouvernants totalitaires pour conserver sa puissance politique. Et tant d’autres choses.

Je ne veux pas le meilleur pour mon pays. Je veux le meilleur pour les gens qui y habitent. Et pour les gens qui habitent ailleurs. Sortez vos « bisounours », « bobo », « hippie »,«  naïve », ou n’importe quel mot que vous inspire la paix et la tolérance, mais c’est une réalité. Je ne pense pas mériter plus de paix, plus de liberté, plus de respect qu’aucune personne sur cette planète. Bon si, peut-être plus que quelques-unes qui justement agissent contre les intérêts globaux, qui s’agitent pour le profit, qui participent activement à entretenir ce monde injuste, violent et désespérant.

Alors non, je ne suis pas patriote, à part peut-être du Big Bang, mais ça ne fait pas de moi une mauvaise française. Ni une ingrate.

Et en voyage alors ?

En voyage on m’a souvent dit que mon prénom était « typical french ». Soit. Mais surtout, on a parfois attendu de moi certains comportements, attitudes, goûts (et en plus je suis une fiiiiille alors imaginez tout ce que je suis supposée faire/penser/vouloir/rêver … Juste. Non.).

Mais euh …

Je ne suis pas solidaire de tout ce qui se passe en France. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que le gouvernement entreprend, tout ce que la société pense. Je ne suis pas la France, je ne suis pas identique à tous mes co-citoyens. Je ne suis pas non plus un patrimoine ou un étendard. Je suis une personne. Je ne renie pas l’importance de la culture et l’environnement dans lequel on grandit, cela m’a construit, m’a forgé et j’y ai pioché des références, sans doute un bout de mon caractère. Mais pas uniquement en France, c’est réducteur.

En voyageant je mesure d’autant plus la chance que j’ai eu d’y grandir, et surtout la chance de voyager avec cette nationalité. Parce que ce passeport est un précieux sésame pour passer des barrières douanières sans trop d’encombres (Encore une fois, c’est sans doute pas le cas pour l’ensemble des français …).

Et en voyageant, oui, je me suis rapprochée naturellement d’autres français, parce qu’on a une langue commune, parce qu’on a parfois des références communes, des lieux, des objets. Parce qu’on a un peu le sentiment de retrouver ce qu’on a souvent longtemps appelé « la maison ». Pourtant, je me suis aussi sentie très trèèèèès éloignée d’autres français (euphémisme te voilà de retour). Et à côté de ça, j’ai partagé des valeurs communes très fortes avec une allemande, un américain, une taïwanaise, une péruvienne, une américaine, un suisse, une brésilienne et un roumain. Alors comment on explique cela ? C’est bien que nous sommes autre chose qu’une nationalité, qu’un lieu, que nous ne sommes pas figés, immuables, cantonnés à un rôle prédestiné. En tout cas, j’aspire à croire que non.

Alors j’ai tendance à m’agacer assez vite quand on m’a dit « ahaha so french » parce que je ne rigole pas aux blagues que je ne trouve pas drôle (ma désormais famous poker face), parce que je ne m’extasie pas sur des choses que je trouve banales voir insipides (nourriture, objets, lieux, voir des personnes). Et à m’agacer aussi quand on me dit que « you’re a fake french » parce que je ne mange pas de fromage, parce que je suis sympa (ouep, ouep ça fait plaisir hein), parce que je ne porte pas de tenues branchées et élégantes (et ne me parlez pas d’humour ou de blagues, je suis capable de faire la différence).

Parce qu’en fait plus on va cadrer les gens, plus on va déterminer qu’ils sont comme ci ou comme ça en se basant sur des caractéristiques aléatoires et arbitraires (origine, couleur de peau, religion, milieu social, genre, orientation politique, orientation sexuelle, orientation professionnelle, handicaps, look, genre musical, etc.) plus on va attendre qu’ils soient ainsi et plus les gens vont y coller. Vous savez pourquoi ? Parce que c’est difficile de se battre pour faire accepter d’être soi et non pas cette image fantasmée que la société voudrait laisser. Parce que c’est la seule place que la société laisse, c’est la seule place que la société acceptera qu’ils prennent. Et c‘est con. Mais d’une connerie sans fin. Parce qu’on finira par râler, exclure et juger ce qu’on a créé. On est d’accord, c’est stupide ?

Publicités

2 thoughts on “[Blabla] La France, mon identité, le voyage et moi.”

  1. Je comprends très bien ton ressenti sur le fait d’avoir des origines différentes, je viens moi meme de plusieurs cultures. Chacun de mes grands parents a une nationalité différente, ET une langue différente, autant dire que je me sens « européene » mais la France reste comme tu l’as si bein dit « mon pays de référence ».
    :)

Un avis, une critique ou un petit mot d'encouragement ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s