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Road trip, épisode 2 : La promiscuité, la vie en communauté ou l’enfer c’est peut-être pas forcément les autres

Après un premier épisode plutôt pratique sur le road trip et les photos des cinq premiers jours, cette fois je m’intéresse à un pan gigantesque de mon road trip avec des inconnus: les autres, nos interactions et mon ressenti.

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Patrick Sébastien parlerait sans doute de sardines assez vite là-dedans.

Solitaire dans l’âme, timide et réservée, ma venue en Nouvelle-Zélande c’était surtout une volonté d’en finir avec l’angoisse que représentaient souvent les autres.

Après des mois en HelpX, en auberges, les choses ont bougé, mais ce road trip avec des inconnus c’était le big boss de fin. Un mois, 24 heures sur 24, un espace restreint, pas d’intimité réelle, et des paires d’yeux inconnus qui vous scrutent. Je voulais me confronter à ça pour avoir la preuve ferme et définitive que je n’étais plus aussi apeurée, plus aussi complexée. Que je pouvais aussi m’affirmer, me lever. Et c’est une réussite. Parfois armée de ma tenue de combat, parfois le bouclier complètement baissé, il y a eu des échanges, des envies de se raconter, des rires et de la vie.

Vivre avec des inconnus: Mode d’emploi

C’est simple, c’est la loterie, donc il n’y en a pas.

Il va falloir partager chaque minute de votre journée (les joies de l’hiver n’aidant pas à pouvoir s’enfuir très longtemps à l’extérieur aha). Sans doute laisser un bout de votre espace vital être grignoté. Vos habitudes être bousculées, voir commentées. Il y aura sans doute les repas et les courses en commun, les couches à partager, les goûts qui vont se confronter, les attentes aussi. Mais tout cela ne dépend que d’une chose: qui sont les participants au voyage ?

L’avantage de voyager entre inconnus, c’est que tout le monde est dans le même bateau. Mais tout le monde ne part pas du même port. Parce qu’il y a les gens qui s’adaptent bien, ceux qui sont inadaptés à la vie en communauté, ceux qui sont à l’aise très vite, ceux qui ont besoin de temps, ceux qui ne le seront jamais. Il y a ceux qui sont prêt à faire des efforts, des concessions, et ceux qui ne le sont pas. Il y a ceux qui sont là pour partager, pour vivre ensemble, et ceux qui ne sont là que pour vous côtoyer. Il y a ceux qui vont s’investir  humainement et factuellement, ceux qui vont se laisser porter, ceux qui vont disparaître derrière le silence. Il y a ceux qui vont s’adoucir, d’autres se durcir. Ceux qui vont essayer et ceux qui vont laisser tomber. Comme dans la vie, autant de rencontres que de possibilités.

La clef, c’est simplement y être préparé. Et au final, que ce soit avec des inconnus, vos amis, votre conjoint ou vous-même, c’est pareil, c’est une fois dans le bateau que vous verrez ceux qui souffleront sur les voiles ou ceux qui sortiront les rames pour le faire avancer, ceux qui chanteront en choeur et ceux qui resteront sur le pont en compagnie des mouettes.

Vivre avec des inconnus: quel genre de liens peut-on tisser ?

Sincèrement je crois que le road trip facilite beaucoup les choses pour tisser des liens, parce que les barrières tombent vite, la promiscuité aidant grandement. Mais aussi grâce à ce drôle de sentiment de vivre quelque chose d’unique, de particulier, de spécial. De le vivre loin, et souvent détaché de tous ses repères et entourage. Et très vite, ces inconnus deviennent vos seules références.

Comme vous ne vous connaissez pas, vous ne savez pas sur qui vous tombez. Vous ne savez pas si vous allez trouver quelqu’un avec qui vous entendre, vous ne savez pas si vous allez partager de bons moments. Vous ne savez pas. Mais vous espérez. Et très vite vous êtes fixés. Parce que le road trip garde aussi la composante de péremption du voyage. Ces inconnus là, ils ne resteront dans votre quotidien que pour un temps limité, alors vite, il faut apprendre à se connaitre, vite il faut se découvrir et se raconter. Vite, il faut profiter, savourer. Et là, il y aura ceux avec qui vous rirez, marcherez, partagerez. Et ceux qui vous laisseront au mieux pantois, au pire mettront vos nerfs à rude épreuve. Ce n’était donc pas parfait, loin de là. C’est sans doute le côté terni de ce road trip, celui où tu pars sans même te retourner, celui où tu sais qu’un nom et un visage ne seront associés qu’à des regrets, des rancunes et des colères. Mais à côté de ça, j’ai aussi découvert ce que c’était de s’attacher vite, de découvrir d’autres univers, d’autres sensibilités, d’autres histoires et vécus.

Et ça, c’est particulièrement chouette.

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Des sourires devant et derrière l’objectif !

Ces liens là sont particuliers, un peu flous. J’ai du mal à les envisager dans ma vie quotidienne, parce que c’est angoissant de se confronter au fait que tout ceci n’a fonctionné que grâce au voyage, qu’à un « faute de mieux ». Et ce n’est pas grave. C’est difficile, parce que ce sont des personnes qui ont compté bien plus qu’ils ne peuvent sans doute l’imaginer, parce qu’ils resteront liés à des moments forts, singuliers. Mais aussi parce qu’ils sont les seuls réellement capables de faire revivre ces souvenirs, ces fou rires, ces prises de têtes, ces découvertes, ces discussions, ces émotions. Les seuls. Alors même si ces sentiments là ne restent que des souvenirs, ils ont existé, ils m’ont accompagné, ils m’ont surpris. Ils ont rendu ce voyage encore plus important. Et c’est bien là l’essentiel.

Le contre-coup inattendu de la solitude ou l’effet kiss-cool pas si cool

Le road trip n’a au final été qu’un clou de plus enfoncé sur la planche de la sociabilisation. Alors ça angoisse, la fin de ce mode de vie, ça angoisse.

Parce que c’est douloureux de rentrer et de savoir que personne ne vous y attend. (Caliméro est de sortie) bien sur il y a les amis, la famille, les baguettes, mais tout ce petit monde a continué de tourner sans vous. Et surtout, vous avez bien marché sans lui. Au final, personne ne m’a vraiment manqué, parce que quotidiennement j’étais plutôt du côté des gens solitaires. Mais depuis 8 mois ici, je ne sais plus être seule. Pas forcément accompagnée, mais pas seule. Un voisin de dortoir, de maison, des gens sur une rando, dans un bus, dans une ville. Toujours du monde. Même les pauses toilettes se partagent vu l’épaisseur des murs. Et le road trip n’a fait qu’accentuer ce sentiment.

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Un arbre et mille pensées.

Vivre H24 avec autrui, tout partager ou presque, avoir le sentiment d’être en famille, avec son mec ou son meilleur pote peu importe, juste ce truc un peu trop permanent, un peu trop brutal et nouveau pour être ignoré. Alors maintenant j’ai peur. Peur du vide. Peur de la solitude. Peur de l’après. C’est peut-être ça au final, ce n’est pas un encouragement mais un avertissement le fameux « Vous ne serez jamais seul sur la route », un moyen de se préparer au retour dans le silence d’une chambre laissée vivre au rythme de la poussière ?

On verra bien ce que devient l’avenir. On verra ce que ce road trip a changé dans mon bilan final. Mais je suis déjà certaine d’une chose. Que les rencontres furent surprenantes, apaisantes, agaçantes ou décevantes, elles ont été nécessaires, et m’ont appris beaucoup. Alors merci à eux.

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2 thoughts on “Road trip, épisode 2 : La promiscuité, la vie en communauté ou l’enfer c’est peut-être pas forcément les autres”

  1. « Ces inconnus là, ils ne resteront dans votre quotidien que pour un temps limité, alors vite, il faut apprendre à se connaitre, vite il faut se découvrir et se raconter. Vite, il faut profiter, savourer. » J’aime beaucoup. Cela me fait penser à la citation de Charles-Ferdinand Ramuz, un écrivain suisse, pour qui « c’est parce que tout doit finir que tout est si beau ». C’est important, les dates de fin, cela nous oblige à nous dépasser, à profiter du moment, et de la vie. C’est toujours un peu triste aussi, mais comme la plupart des grands bonheurs finalement… Ils portent en eux la part de tristesse et de nostalgie que leur fin engendrera, et c’est justement cette partie-là qui leur donne toute leur saveur.
    Merci pour ce partage de ton expérience, je te lis toujours avec autant de plaisir :-)
    Aurélie.

    1. C’est une très belle citation, et effectivement, c’est tout à fait ça. Tout fonctionne en dualité, ou du moins en équilibre, on apprécie parce qu’on connait la sensation désagréable de ne pas apprécier, on savoure parce que l’on sait que ça peut s’éteindre. Et j’aime beaucoup ta dernière phrase « Ils portent en eux la part de tristesse et de nostalgie que leur fin engendrera, et c’est justement cette partie-là qui leur donne toute leur saveur. ». C’est vraiment très beau :)

      Merci pour ton partage :)

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