Carnet de voyage, Les Bilans, Nouvelle-Zélande, Pensées et blabla, Réflexions

Parfois, on ne sait juste pas.

A la base, je voulais être organisée et suivre l’ordre chronologique de mon voyage, mais je réalise petit à petit que je suis bloquée. Alors je vais essayer de libérer un peu de place, histoire de pouvoir avancer.

DSC_1090
Les chaises, c’est toujours cool.

Un mois que le road-trip est terminé. 3 semaines que j’ai quitté la Nouvelle-Zélande. 2 semaines que j’ai remangé ma première baguette (ne parlons pas du reste). Et autant de temps écoulé avec la tête en vrac.

Départ ou retour ?

Quitter la Nouvelle-Zélande n’a pas été difficile. Enfin si, mais non. J’avais surtout du mal à réaliser. Jusque la veille et ma journée passée avec Maribel (mon amie péruvienne rencontrée en mai lors d’un road trip) je ne réalisais pas que je partais, que mon avion était le lendemain, que je n’avais plus besoin d’anticiper, de visualiser la carte des deux îles pour me repérer, de chercher quoi faire, quoi voir, où aller. Mais je n’étais pas triste de quitter ce pays. Certes, ça me pinçait le cœur de laisser ces souvenirs, de laisser ces visages, de laisser ce mode de vie. Mais surtout, j’avais la frousse. Peur de ce qui m’attendait en rentrant, peur des changements, peur de ne pas trouver de place, peur de ce que j’étais devenue en somme. Mais je n’étais pas triste de quitter ce pays. J’ai eu le sentiment (malgré quelques regrets) d’avoir fait le tour, d’avoir vécu ce que j’avais à vivre, et que mes envies de voyages dépassent les frontières néo-zélandaises.

C’était perturbant et difficile, parce que je ne réalisais pas. Puis j’avais une prise de conscience, l’excitation de retrouver la France (et les gens)(et la bouffe)(et la bière) prenait le relais. Jusqu’au moment où je culpabilisais de déjà oublier, effacer, ternir mes souvenirs de Nouvelle-Zélande. Pas encore partie, et déjà tout était si loin, si délavé. Alors, j’avais envie de pleurer toute les larmes de mon corps, parce que je me focalisais sur le fait que tout ceci était terminé, que je ne reviendrais plus, que ces souvenirs étaient … du passé. Puis, de nouveau, je reprenais le cours de ma vie, hop hop, ça me semblait loin, l’impatience m’inondait de nouveau : découvrir Singapour, passer 7h à l’aéroport de Brisbane, manger mon premier croissant, raconter toute ces histoires vécues pendant 8 mois, vérifier la fameuse rumeur qui dit que c’est en rentrant dans sa vie d’avant qu’on réalise à quel point on a changé.

Alors, c’était un peu le mic-mac, il y avait l’envie de rentrer, mais la peur, l’impatience mais aussi la véritable angoisse.

Pied posé. « Bonjour » lancé. Alors ?

Et bien, j’en étais suis au même point. Dans l’oscillation. Dans le doute. Dans l’excitation. Dans la peur. Les souvenirs avaient déjà l’odeur de la naphtaline, les quelques jours depuis mon retour écrasaient déjà la temporalité des mois passés en Nouvelle-Zélande. J’avais le sentiment de marcher avec un secret, quelque chose que les autres ne peuvent pas déceler mais qui me donnait envie de hurler. Parce que c’était fort, c’était important, c’était un peu fou. Parce que j’avais le sentiment que la vie des autres était sur pause pendant ces longs mois, puisque je n’avais pas toutes les petites mises à jour : sur le nouveau copain, le projet de voyage, les évolutions professionnelles, les projets, déménagements, soirées, engueulades, etc. Mais ils ont avancé, ils ont continué à vivre. Et continuent de le faire malgré mon retour. Alors je suis en décalée. Je suis perdue, de trop.

Je voudrais en parler, décortiquer, me replonger dans mes souvenirs, les faire revivre au travers des mots, repenser à ces rires, à ces visages, à ces moments. Mais je ne peux pas. Parce que c’est difficile à comprendre, c’est un contexte, parce qu’on ne résume jamais plusieurs mois de vie, d’aventures, de révolutions en quelques mots. Parce qu’il y a ce sentiment de monopoliser la parole, de m’étendre avec un ton vantard. Mais aussi celui d’être incompris, que ce micro-détail si touchant/drôle/important est balayé d’un revers de main par les autres.

Et si au final, tout ceci n’avait pas existé ? Et si je n’étais simplement que partie en vacances 2 semaines ? Et si je fantasmais tout ce que je crois avoir ressenti, compris, changé ?

Parce qu’au milieu de tout ça, il y a cette drôle d’atmosphère qui m’entoure. Le sentiment que rien n’a changé. C’est si facile de se refondre dans sa vie d’avant, de reprendre des habitudes, des repères dans une ville, dans ses activités. Pendant 8 mois, je n’ai pas acheté un seul vêtement, pas de futile, pas de superflus. Au contraire, je me suis séparée de beaucoup de choses. Sans aucune once de regrets. Et pourtant, à peine rentrée, c’est si facile de dégainer de nouveau sa carte bancaire pour un nouveau casque, un nouveau sac-à-dos de voyage, de nouveaux vêtements. Alors oui, ces objets me sont utiles, c’est une évidence, mais me sont-ils tous indispensables ? Pas certain. J’aimais cette sensation de ne pas m’encombrer, d’être moins matérialiste, de ne pas être dépendante. Pourtant, en un claquement de doigt, tout ceci a volé en éclats (enfin non mais vous voyez).

Je parle de ce point matérialiste parce qu’il est concret, facile à exprimer, mais c’est valable pour beaucoup d’autres sujets. Les TCA qui s’étaient complètement tus pendant des mois, regrimpent sur mon épaule et pèsent discrètement, attendant une faille. L’optimisme retrouvé est petit à petit acculé par les informations en continue, pesantes, affligeantes, déprimantes. Les nombreuses envies, projets, idées lumineuses, se confrontent à la réalité, au réflexe de peur et de doute. La confiance en soi acquise est doucement grignotée par les angoisses, les habitudes défaitistes, le stress de l’échec. L’euphorie du retour se confronte au vide de l’avenir.

Au final, ce n’est que ça le retour ? Tanguer ? Ne pas savoir vers où se diriger ? Ne pas savoir quels rêves, quelles envies, quelles convictions sont nos nouveaux moteurs ?

DSC_1070
Ne pas savoir où aller. Courir partout. Courir nulle part.

Souveniroutai ? Souveniroutai ?

Pareil, me dire que je n’ai pas pris assez de photos, pas assez de notes, pas assez d’objets souvenirs, avoir avoir avoir. Alors que ces souvenirs sont là quelque part forcément, en moi. Mais ils sont silenciés par ce sentiment d’avoir déjà oublié, de ne pas pouvoir les apprécier, parce qu’il y en avait trop, trop d’un coup, dans un laps de temps trop court. Alors peut-être qu’il faut que ça décante. J’espère.

Et donc ? Et maintenant ?

J’ai changé. C’est un fait, sincèrement je ne peux pas dire autre chose que cela. C’est une évidence. Je le vois comme le pois chiche au milieu de l’houmous. Ca sortira sans doute dans le bilan final de cette aventure, entre une ode à la baguette et un top 3 des meilleurs goûts de chips. Parce que je les attendais ces changements, enfin certains, d’autres m’ont eu au détour d’une rencontre, d’une marche ou d’un échec. Mais ils sont difficiles à digérer, difficile à maintenir, difficile à accepter.

Par exemple, en rentrant, j’ai eu le sentiment que ces objets entassés dans ma chambre ne sont pas les miens. J’ai vécu avec deux sacs pendant 8 mois. Et là, c’est des petits bidules à foison. Comment c’est possible ? Qui est cette personne qui entasse autant ? A qui ça appartient tout ça ? Alors je me suis lancée dans un tri GIGANTESQUE. Et surtout, je me fais la promesse de ne plus me laisser déborder de cette façon là. Oui, c’était mon rêve d’avoir une bibliothèque rempliiiiiiie de livres, mais en ais-je vraiment besoin et envie aujourd’hui ? Non. C’est en désaccord avec beaucoup de mes principes, alors je dois apprendre, enfin ne pas oublier : « Être plutôt qu’avoir ». Ceci devient sans doute mon nouveau leitmotiv. Ca ne veut pas dire, ne plus rien faire, ne plus rien acheter, ne plus rien garder. Mais penser. Réfléchir. Voir plus loin. J’avais déjà commencé cette phase de désencombrement avant de partir (ne plus acheter de livres mais tout emprunter en bibliothèque, donner les vêtements inutilisés, etc.), mais là, c’est comme une urgence. M’alléger. Me libérer. Pourvoir repartir demain avec ce qui compte sur moi. Alors je vide, je trie, je tourne la page de ce que je ne suis plus, peut-être ce que je n’ai jamais vraiment été. Je prends toujours l’exemple matériel, mais c’est la même démarche pour tout.

Être plutôt qu’espérer devenir. Être plutôt que projeter. Être plutôt qu’attendre.

Être plutôt qu’avoir.

Être.

Soyons honnête, je trouve les changements carrément flippant. J’étais impatiente de les voir, de les confronter à mes habitudes pour mesurer l’étendue de ces nouveaux réflexes. Maintenant je suis terrifiée de faire marche arrière, qu’ils n’aient été qu’une illusion, de voir que je suis incapable de tenir la distance. Parce qu’il y a les autres, qui vous donnent non seulement l’impression que rien n’a existé, ni changé, mais en plus, ils vous assènent de la question que je fuis depuis mon départ « Et maintenant, tu vas faire quoi ? ». Parce que je suis incapable de répondre de façon sensée, concrète, construite. J’ai mille choses dans la tête. Mille images de moi, des autres, de la place que je voudrais avoir dans cette société, celle que je sens incapable d’atteindre, l’estime de moi que je n’ai pas, l’image de ce que l’on attend de moi, l’image que j’ai des autres et de leur vie. C’est toujours emmêlé. Toujours en train de tanguer entre l’image rêvée, la réalité et ce que j’estime être capable de faire. Parce que la réponse à cette question, c’est le test d’existence ou non de ces changements.

Je vais donc prendre le temps (parce que je peux me le permettre soyons clairs, ce n’est pas le cas de tout le monde…), laisser les choses se mettre en place, mon esprit se reposer, se remettre à rêver seul. Peut-être que c’est ça la clef, me laisser porter jusqu’à l’évidence. Je sais qu’elle est là, quelque part, je dois juste balayer le tas de peaux mortes tombées sur elle pendant la mue.

DSC_1085
Prendre le temps.
Publicités

2 thoughts on “Parfois, on ne sait juste pas.”

  1. Merci. Merci pour cet article ;) J’en ai les larmes aux yeux, tu as mis les mots sur ce que je ressens déjà et sur ce qui va se passer dans peu de temps pour moi.. Et ça me rassure sur ce que tu dis pour le désencombrement et tout, je suis dans la même démarche ! Plein de belles choses pour la suite :)

    1. Rooh ça me touche que ça parle à quelqu’un de façon aussi positive au final :) Alors ça y est la date de retour est déterminée ? En tout cas, profite bien de tes derniers moments, des premiers aussi, et surtout, soit indulgente et patiente avec toi si jamais tu te sens perdue (et parle parle parle aha :P). Plein de bonnes choses pour toi (et vous!) aussi ;)

Un avis, une critique ou un petit mot d'encouragement ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s