L’éloignement, le maintien du contact et moi.

Lorsqu’on décide de partir, on prend avant tout la décision de se couper de son quotidien, de ses repères, de ses habitudes. C’est une révolution qui touche chaque niche de nos vies, y compris dans nos rapports aux autres. Distance physique, décalage horaire, fossé dans nos quotidiens, sont autant de facteurs qui se mettent en embûche sur la route qu’on partage avec nos familles, nos amis, nos collègues. Avec le monde tel qu’on le côtoie habituellement.

Partir seule était une évidence pour moi. Beaucoup de choses à prouver, à me prouver. Et partir seule, c’était me couper de tout repère, de tout lien quotidien avec ce que j’ai laissé derrière moi. Sans que ce soit une totale volonté, puisque me couper de mon entourage n’était pas sur la liste de mes vœux. Pourtant, je devais me rendre à l’évidence mon naturel tête en l’air et distant ne serait pas compatible avec cette vie au bout du monde. C’est donc un effort supplémentaire qui s’est ajouté sur la liste des défis à relever. Emails, Skype, Whatsapp, Facebook, Instagram, blog. Autant de moyens de communication, que de supports, que d’interlocuteurs. Et ma foi, je pense parvenir plutôt bien à rester « connectée », malgré les accès internet parfois capricieux ou limités (et encore plus depuis que je suis sur l’île du sud)(oui j’y suis aha).

Et pourtant, malgré ce fil tendu entre ces deux continents, le sentiment d’éloignement s’ancre petit à petit. On ne partage plus le même quotidien, je suis l’actualité française avec un regard décalé et lointain (et orienté vu que je ne parcours plus que quelques sites choisis), les échanges sont également plus rares, avec une drôle de temporalité. En effet, il faut condenser, résumer des jours de vie, de rencontres, d’évolutions en quelques mots, c’est un exercice difficile et qui me laisse souvent l’impression de ne plus être à ma place, de devenir simplement « l’amie du bout du monde ». Ce n’est pas agréable et même difficile à gérer. Et pourtant, moi aussi, j’ai ma part de responsabilité, parce que l’éloignement favorise la rétention d’informations. Lorsqu’il y a beaucoup d’évènements, de rencontres, de moments et ressentis à expliquer, parfois la paresse, la peur de ne pas réussir à transcrire exactement les choses, l’envie de garder certaines choses pour soi, la difficulté de réponse induite par les aléas techniques (peu/pas de connexion, le décalage temporel) je finis parfois par alléger les échanges. N’est-ce pas là le piège à éviter ? N’est-ce pas là le cercle vicieux qui accentue la distance ? Clairement oui. Pourtant, je ne sais pas encore comment limiter cet éloignement, comment intégrer mieux les choses, laisser une place moins déconnectée, moins parallèle. Je cherche.

Maintenir le contact avec ses proches restés en terre connue est un premier défi, mais un second sous-jacent, et je dois l’admettre bien inattendu pour moi, pointe également le bout de son nez à mesure que les aventures s’enchaînent : garder contact avec les personnes rencontrées pendant cette période de « pause », de « transition », « d’expatriation temporaire », appelez ça comme vous le voulez.

Il y a ceux qui viennent de France comme moi, ceux qui viennent d’Europe, et ceux qui viennent … d’ici. Parfois très vite, un lien se crée, une sorte d’évidence dont on ne peut déterminer si elle naît du lieu, du contexte ou bel et bien des personnes. Parce que c’est fulgurant, intense. Alors comment faire ? Comment garder ce cordon alors qu’on vit également à des temporalités différentes. En effet, parfois c’est une rencontre de quelques jours dans un backpacker peu avant le départ de l’autre, parfois c’est quelques jours au hasard avec des projets différents, parfois c’est un partage de route plus long, mais toujours assorti de ce moment de flottement … Va-t-on se revoir ? Quand ? Où ? On ressent parfois cette certitude que nos routes se recroiseront pour faire le point, pour partager nos derniers souvenirs, nos derniers instants sur cette île. Mais en attendant comment on fait ? Parce que tout s’est construit sur ce point de rendez-vous, cette vie sur cette île. Alors comment continuer à partager lorsque nos vies redeviennent distinctes et lointaines ? Et comment garder contact avec des personnes de ce pays dont on est convaincu qu’il ne fera plus parti de nos projets, de nos plans ?

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Un peu comme un jeu de billard. Ceux qui bougent, ceux qui se rencontrent et les immobiles. Repères, chutes, impacts.

Plus le temps avance, plus j’intègre cette idée de profiter vite, de ne pas avoir peur de se découvrir, d’échanger, parce que le temps est compté, en heures ou en jours, le couperet de la séparation tombera forcément. Pourtant, cela reste compliqué à gérer, parfois on voudrait que cela ne s’arrête pas, et surtout, on voudrait surtout ne pas se rendre compte que cela ne tient que du contexte et du lien de « voyageurs ». J’évolue c’est une évidence, mais ce flou autour des liens créés restent quelque chose que j’ai du mal à appréhender, la peur de se tromper, de réaliser que tout était fantasmer, enjolivé. Je ne sais pas. Mais j’apprends. Parce que l’essentiel c’était ce que j’ai ressenti à ces instants là. Ces rires là. Ces mots là. Ces sentiments là.

Finalement, cela serait donc ça la vie de voyageur, une vie de nomade affectif ? Une vie où on doit apprendre à ressentir avant que le temps ne file ? Où on doit accepter l’éphémère, le moment unique ? Apprendre à dire au revoir en sachant que cela surement adieu ? Peut-être.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Aurélie dit :

    « Apprendre à dire au revoir en sachant que cela sera sûrement adieu », oui, il y a de cela dans les rencontres en voyage… Des amitiés tout aussi fortes qu’elles sont brèves qui se créent, des moments partagés qui seront à tout jamais dans notre coeur, et puis les chemins qui se séparent…
    Et puis, parfois, aussi, on se rend compte que nos adieux étaient en fait des au revoir. La vie est longue et pleine de surprises…

    1. Lairco dit :

      Une personne rencontrée ici m’a raconté de telles histoires rocambolesques où elle avait retrouvée des gens, rencontrés dans un pays x, dans un pays y complètement par hasard ! J’ai hâte de voir si a m’arrivera :P

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