Carnet de voyage, Les Bilans, Nouvelle-Zélande, Pensées et blabla, Réflexions

Faire le point ne signifie pas mettre un point à l’histoire: bilan des 3 premiers mois en Nouvelle-Zélande !

Malgré mon retard habituel, je tenais à faire ce petit bilan. Entre peurs, incertitudes, dépassements de soi et progrès : le bilan des 3 mois.

Au-delà du rêve indéniable que représentait la découverte des paysages néo-zélandais, c’est avant tout un sacré défi personnel que je me suis lancée : dépasser mes peurs et enfin me libérer des nombreuses barrières qui se dressent (dressaient ?) sur mon chemin.

La timidité : ou le syndrome de la plante verte

Si on se connait un petit peu, ça ne vous étonnera guère. Je ne pense pas que quiconque ce soit dit de prime abord « Quelle personne à l’aise en société » ou « Wahou quelle confiance dans sa prise de parole publique ». Si je devais me résumer avec des inconnus ou non proches, je dirais que …

La gêne et le malaise en somme.

Le but n’était pas de devenir extravertie, ultra-sociable, de raconter ma vie, mon œuvre à tout va, simplement de ne plus ressentir cette sensation du ventre qui se noue parce qu’une interaction sociale va avoir lieu. Ne plus se sentir paralysée, gênée, de trop lorsqu’on arrive quelque part ou que quelqu’un s’adresse à moi. Arriver à si ce n’est commencer, au moins entretenir une conversation en posant des questions sans me sentir de trop, empotée. C’était ça le défi.

L’expérience HelpX a été (et est toujours) d’une grande aide. S’immerger dans le quotidien d’inconnus, vivre à leur côté, à leur rythme, dans leur maison que l’on doit faire sienne, c’est le coup d’accélérateur qui m’a permis de me relaxer sur ce point.

Je suis donc encore timide et sur la réserve (et ça ne changera probablement jamais), c’est encore un effort, une phase d’hésitation, une démarche à lancer pour arriver à créer et entretenir ses interactions sociales, mais ce n’est plus une angoisse. Au final, c’est même plutôt naturel si on arrête d’anticiper les réactions des autres. Et cela nous mène immédiatement au deuxième défi …

La confiance en soi : en quête de cette alliée manquante

 La confiance en soi est tout de même assez complexe. On peut se sentir capable mais ne pas oser par peur du regard des autres. Mais on peut aussi se sentir incapable de réussir alors à quoi bon essayer. On peut également réussir des choses impressionnantes mais avec une telle frousse (certes invisible) qu’on reste fixé sur un sentiment d’échec issu de cette angoisse. Empotée, gauche, inintéressante, la sensation de ne pas être à sa place. C’est un mélange de tout cela qui m’a parfois beaucoup empêché d’avancer, en ayant pourtant la sensation de bien donner le change.

  • L’anglais et la confiance en soi

Objectivement, je pense me débrouiller pas si mal en anglais, avoir un accent plutôt bon, des bases correctes en somme. Pourtant, en arrivant ici, c’est comme si je repartais au collège. Ne rien comprendre, perdre tous ses mots, butter sur des prononciations connues. Peu ou prou, se sentir bien démunie. J’ai surtout réalisé que je restais bloquée par peur de dire des bêtises, par peur de me tromper, par peur de ne pas trouver LE bon mot. Sauf que c’est en tombant qu’on apprend à se relever, donc au bout de quelques temps j’ai enfin compris que c’est lorsque je parlais sans réfléchir (ou avoir quelques bières de compagnie aha) que je m’exprimais le mieux. C’est toujours un peu compliqué, enrichir son vocabulaire est un travail quotidien et épuisant, mais mon oreille s’est bien habituée désormais, je comprends beaucoup plus aisément (même si je peux toujours déconnecter mon cerveau pendant les conversations inintéressantes :P) et entre l’accent et l’argot du coin, c’était pas gagné !

  • La recherche d’emploi et la confiance en soi

En venant ici, j’avais une ébauche de plan en tête. 3 mois d’HelpX pour me familiariser avec le pays, l’anglais, dépasser un peu ma réserve. Puis trouver un emploi dans mon domaine professionnel d’origine pour environ 6-8 mois (pour passer l’hiver) et enfin passer les derniers mois à voyager et en prendre plein les yeux. Le but de trouver un travail ici était double, gagner une expérience professionnelle à l’étranger, en anglais, mais aussi avoir un quotidien, des repères, savoir si j’étais capable de trouver un endroit où j’arriverais à me sentir bien. Malheureusement, ce plan est plus ou moins avorté. J’ai finalement commencé à chercher il y a environ 1 mois, sans trop m’investir non plus. J’ai donc envoyé quelques CV, et malgré quelques retours, ce qui ressort de mes échanges c’est que c’est plutôt compliqué, pas très courant. J’ai donc plus ou moins décidé de laisser tomber et de me concentrer sur mon expérience personnelle. C’est dommage, car cette expérience aurait peut-être pu me permettre de dépasser cette sensation de ne pas être efficace, pas méritante, pas à ma place dans le monde professionnel. Et au fond, mon implication à reculons dans cette démarche de recherche est sûrement le résultat de cette peur, de ce manque de confiance en mes capacités à occuper un tel poste. Tant pis, ça sera pour une prochaine fois, un seul combat à la fois ! Je garde quand même en tête une petite idée qui pourrait s’avérer valorisable par la suite, attendons de voir …

  • Les autres et la confiance en soi

Se comparer aux autres est une plaie. Vraiment. Arrive-t-on vraiment à se rassurer par ce biais-là ? Non on finit bien trop souvent par se déprécier. Certains (beaucoup de) voyageurs sont totalement à l’aise en backpackers, sympathisent très vite et avec beaucoup de gens, ont énormément voyagé, ont vécu de fascinantes aventures ici ou ailleurs, dégagent quelque chose comme si ils étaient à leur place, chez eux. Et pour moi qui a besoin d’énoooormément de temps me sentir à l’aise, pour oser sortir l’ironie qui fera rire la tablée ou pour me confier, c’est un peu l’épreuve des poteaux de Koh Lanta. Me retrouver en auberge de jeunesse, notamment, c’était un peu l’épreuve de l’angoisse, comme être face à un miroir qui me montrait tout ce que je voulais être mais sans pouvoir l’atteindre. Et puis quelque chose a changé. Je suis partie 2 semaines voyager avec 3 inconnus (du coup BIM un coup de plus dans la tronche de la timidité !). Et c’était génial. Comme si quelque chose s’était débloqué, j’ai parlé, ri, découvert, partagé avec des inconnus. J’ai passé du temps en auberge de jeunesse pendant et après ça et effectivement, quelque chose a bougé. Là aussi j’ai échangé et ri, discuté et partagé. Sans peurs, sans comparaison, sans angoisses. Naturellement. Ce n’est pas encore gagné, les rechutes seront là mais tout de même, j’ai ce sentiment au fond du bide qui me dit que ça ne sera plus vraiment comme avant désormais. Tant pis, c’est la vie, j’ai été lente, la vie a fait que, je n’en sais rien, mais juste, c’est maintenant le moment. Avant c’était pas pour moi. Je vivrais juste deux fois plus fort maintenant pour compenser :) D’ailleurs je vais probablement voyager de nouveau avec une inconnue dés la semaine prochaine !

  • Les complexes physiques et la confiance en soi

Le poids plume que je ne suis pas n’aide pas forcément à améliorer ma confiance en moi. Au-delà des complexes classiques résultat de la pression de la société et qui me donnent envie de me rouler en boule dans un coin, c’est surtout la peur de ne pas être physiquement capable d’assumer les randos et le sac-à-dos qui était en jeu ici. Crapahuter dans des paysages juste hallucinants ne se fait pas sans mettre un peu à mal ses mollets et son souffle, surtout si on cherche un peu de tranquillité et d’inédit. Et c’était le défi que je me lançais ici, qu’aucun de mes complexes ne m’interdisent de découvrir quelconque endroit en NZ (et du monde en fait). Et pour le moment, c’est une réussite ! Des litres de sueurs, d’expirations bruyantes plus tard, j’ai toujours atteint mon objectif ! Le seul frein que j’ai rencontré jusqu’à présent, c’est de mauvaises conditions météo. Sinon, je me fais confiance. Je m’écoute, mon mental ne lâche pas. Ni sur ce poids, ni sur la peur de la chute. J’avance, simplement !

Sans plans fixes : apprendre à lâcher prise et s’ouvrir aux possibilités

C’est évident qu’en regardant la façon dont je range mon appartement on peut mettre en doute ma capacité à m’organiser. Soit. Mais bordel matériel ne signifie absolument pas absence de contrôle sur sa vie. Et c’est bien là tout le paradoxe, mais surtout, le problème.

De nature angoissée, chaque nouvelle étape était anticipée, calculée, préparée. Le but, c’est de diminuer au maximum l’Inconnu. Du coup, cette façon de procéder me permettait certes de dompter mes angoisses, mais me coupait surtout de beaucoup de possibilités et pompait beaucoup d’énergie. Du coup, ce voyage (malgré un plan vague en tête) était juste une horizon bien floue. Que vais-je y faire ? Où ? Avec qui ? A quel rythme ? Que vais-je voir ? Combien de temps ? Le but étant d’apprendre à avancer sans phare en vue, juste suivre mes envies, les opportunités, les rencontres. Et c’est plutôt efficace. Finalement l’échec du plan (même bien flou) initial est une bonne chose. Avais-je envisagé de voyager avec des inconnus pendant 2 semaines ? Non. Avais-je anticipé d’enchaîner autant les HelpX ? Non. Avais-je préparé un plan de route logique pour visiter le pays ? Non. Je n’anticipe pas des semaines à l’avance, je ne sais pas de quoi les prochains jours seront fait. Je n’ai qu’un objectif à long terme: essayer de rester jusqu’à fin octobre ici. C’est la seule chose qui me guidera désormais.

L’hyperphagie : quand ton propre corps ne t’appartient pas

Le plus grand défi d’une vie c’est de combattre un démon qui vous accompagne depuis 20 ans et qui vous dépossède de votre liberté d’être et d’entreprendre. L’hyperphagie (incontrôlée) est un trouble du comportement alimentaire peu connu et souvent confondu avec la boulimie. Le but de ce blog n’est pas de faire pleurer dans les chaumières, mais comme il va probablement se transformer petit à petit en récit plus intime et engagé, il est essentiel de mettre en fin ces mots au grand jour. Comme la majorité des personnes souffrant de TCA (Trouble du Comportement Alimentaire), leur existence est le résultat direct de mon histoire personnelle. Mais ce paragraphe n’est pas là pour ça (un jour peut-être je prendrais le temps de faire ma thérapie de comptoir). Il est surtout là, parce que ces TCA ont eu et ont encore un impact direct sur ma construction, sur mon caractère et mon mode de fonctionnement. Peurs, besoin de contrôle, protection, refuge, culpabilité, dépréciation, exclusion sociale sont autant de mots qu’il est possible de relier et d’expliquer avec les TCA. On comprend alors aisément que l’ensemble des points précédents ne sont que les bien handicapant résultats de ce démon-ci. Le plus effrayant, le plus oppressant, le plus compliqué à désarmer, à terrasser. Progresser sur les points précédents sans tenir compte de ce dernier, cela revient à soigner les symptômes sans s’attaquer à la maladie. Tout est imbriqué, tout est connecté. C’est pourquoi il est si difficile de se guérir de TCA, que non ce n’est pas une question de volonté, de « un peu de sport et de légumes ». Au contraire, plus on va se restreindre, essayer de contrôler, coller à ce qu’il est si « faciiiiile de faire » pour perdre du poids/prendre (ce qui est faux) plus les crises vont s’enchaîner, nous épuiser, nous maltraiter. Et plus la culpabilité et la sensation d’échec s’installent, plus il est difficile de sortir de ce cercle vicieux. La maladie devient l’échelle de valeurs à laquelle on se compare, et chaque crise ramène cette note un peu plus bas… Ce n’est plus notre reflet que l’on observe dans le miroir, ce n’est pas qui vous êtes. On devient simplement l’incarnation physique de la maladie. Il est essentiel d’aller au fond des choses, de comprendre, de prendre le temps. Verbaliser la cause principale de leur apparition m’a pris 13 ans. Comprendre quelques unes des causes sous-jacentes: 15 ans. Affirmer que j’avais des TCA: 18 ans. Mettre le mot définitif sur cette maladie: 19 ans. Accepter que le combat est de longue haleine et ponctué de défaites : 20 ans. J’en suis là aujourd’hui. Venir en Nouvelle-Zélande, c’était me couper de ce quotidien dans lequel les TCA sont installés et retrouver une estime de moi (et tous ses compagnons) détachée de considération physique ou alimentaire. Juste me prouver que les TCA ne sont pas une limite à mon accomplissement, seulement un paramètre que je dois prendre en compte, dompter, puis vaincre. Un jour.

Bref, le but c’est de faire le bilan des TCA depuis que je suis ici. Et je dois avouer qu’outre une période très compliquée entre début et mi-avril, cela fonctionne plutôt bien. Ne pas avoir le contrôle des achats alimentaires, ne pas être chez soi, souvent pas seule, sont autant de limites aux crises. Attention cependant, je reste totalement consciente que ce que je crée ici n’est que temporaire, limité, ce n’est pas mon quotidien que j’ai laissé 11 fuseaux horaires plus loin. Seulement, j’aspire à croire que si j’arrive à vivre plusieurs mois sans cette sensation d’être définie uniquement par ces TCA, par cette chape de plomb là, alors peut-être que je trouverais enfin une nouvelle échelle de valeurs, celle des actes que j’ai accompli, des engagements que j’ai pris, celle de mes convictions, de mes projets, de mon caractère, de ma force. Peu importe. Juste une échelle différente, que je ramènerais dans mon sac-à-dos en rentrant. Et après 3 mois, même si ce n’est rien comparé au temps de route partagé avec les TCA, le fait d’écrire clairement ceci ici est peut-être un pas de plus qui doit me faire admettre que, peut-être, nous arrivons doucement à la croisée des chemins, à la fourche où nous nous séparerons. A l’endroit où va tomber la barrière invisible mais bien opaque que forment les TCA entre les autres et moi. Définitivement.

Il me semble donc que ce premier bilan est plutôt positif. Je me rencontre un peu plus chaque jour, plus libre, plus apaisée. Je nourris plein de projets, plein de choses à faire dans le futur pour être d’autant plus en accord avec mes idéaux et plus libre. Une belle aventure personnelle en somme :)

Ah oui, si quand même, un bilan chiffré !

Bilan des HelpX :

  • 6 HelpX différents
  • 65 jours d’HelpX
  • 4 supers familles rencontrées
  • 1 HelpX raté
  • Des dizaines de tâches différentes
  • Des dizaines de rires échangés
  • 2 gratins dauphinois
  • 2 fournées de crêpes
  • 1 fournée de presque-chouquettes
  • 1 anniversaire partagé (avec des petits gâteaux et une baguette tradition !)
  • Des tas de compliments sur mon travail

Bilan des découvertes :

  • 2 nuits en couchsurfing
  • Des centaines de paysages qui chauffent bien le cœur
  • Des milliers de marches d’escaliers grimpées ou descendues
  • Des centaines de kilomètres à vélo ou à pied
  • Des milliers de kilomètres en voiture, bus ou train
  • 2 baignades dans le Pacifique
  • Plus de 25 villes à mon actif
  • La bière (et le cidre) coûte cher ici. Trop cher !
  • Le kiwi gold et les avocats au petit-dèj c’est la vie
  • Encore une île entière à découvrir
  • 3 supers compagnons de voyage
  • Plusieurs dizaines de compagnons de dortoirs
  • Le pain de mie devrait être érigé au rang de symbole comme le kiwi, la fougère ou le rubgy

Bilan des blessures :

  • Un orgelet
  • Un millier de griffures/entailles aux mains
  • Des piqûres de punaises de lit
  • Des piqûres d’orties aux chevilles (et sur une fesse)
  • Plusieurs dizaines de piqûres de moustiques (je les avais pas invité pourtant …)

Bilan des pertes :

  • 1 chaussette (donc finalement deux, parce qu’une chaussette solitaire n’est pas très utile …)
  • Ma spoon-fork-knife

Bilan des regrets:

  • Ne pas avoir pris en photos chaque lieu où j’ai dormi depuis le début
  • Ne pas avoir pris en photos tous mes hôtes (mais je commence demain !)

Alors ça y est. Je crois, qu’il est grand temps de se racheter une brosse à dents.

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6 thoughts on “Faire le point ne signifie pas mettre un point à l’histoire: bilan des 3 premiers mois en Nouvelle-Zélande !”

  1. KARMOUSTIQUES !
    Joli bilan, en espérant que le positif devienne de plus en plus important dans la balance dans les mois qui vont venir.

    1. Mais j’avais rien fait pour mériter le retour des Karmoustiques ! C’est pas juste !!!
      Et merci sinon :)

  2. BRAVO!! J’admire vraiment ton courage, et je te souhaite vraiment que du bien pour la suite! Keep going on! :) Bisous

  3. C’est un joli bilan ! C’est effectivement impossible de trouver du travail en WHV dans son domaine… mais il y a d’autres expériences. Vivement la suite !

    1. Merci :D
      Pour le WHV je ne pensais pas que c’était aussi fermé, ça doit peut-être dépendre de son domaine, des rencontres. En tout cas, comme tu le dis, il y a bien d’autres expériences à vivre, et l’expatriation professionnelle peut se faire en d’autres lieux, d’autres temps (oui je ne perds pas totalement espoir de le vivre un jour !).
      A bientôt alors :D

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