De l’appréhension à la réussite : récit de mon (premier ?) Tongariro Alpine Crossing !

Il est l’heure de révéler la grande vérité, la raison de mon choix de HelpX à Taupo était là, ce trek là, ce défi-là, cet objectif-là.

Le Tongariro Crossing est un des treks à la journée les plus connus de Nouvelle-Zélande, et est même dans le top 10 des treks à la journée du monde. C’est donc sans surprise que je voulais le faire aussi (agir comme un mouton en Nouvelle-Zélande c’est beau !). Ce trek, c’est en vrac :

  • 19.4 km
  • Plus de 800 m de dénivelé positif
  • Plus de 1000 m de dénivelé négatif
  • Point culminant : 1886 m
  • Point le plus bas : 750 m

Voilà pour le petit point technique.

Tout d’abord mon ressenti pré-trek. Ce n’est pas sans inquiétude que j’ai réservé mon transport pour ce trek. Qui dit voyage en solo, dit aussi rando en solo. Enfin techniquement, il est toujours possible de trouver des compagnons de voyage, mais là, c’est un véritable défi que je me lance. Tout d’abord sur le plan physique, suis-je capable d’assurer une journée aussi éprouvante ? Ais-je le souffle nécessaire pour enchaîner ces montées ? Mes jambes et mes pieds tiendront-ils le coup jusqu’à retrouver ma place dans le bus ? Et puis, il y a le dépassement de soi émotionnel et psychologique. Suis-je capable d’affronter cela seule ? Vais-je trouver assez de force mentale pour m’encourager à ne pas lâcher ? Comment gérer les possibles passages difficiles (vertige/peur de la chute) ?

Tant de questions, tant de défis. Et se renseigner sur le trek ne rassure pas bien évidemment. C’est un peu comme lire Doctissimo quand on a le nez bouché, le diagnostic est souvent loin du rhume. Les précautions sont parfois anxiogènes, bien que nécessaires attention !

3 choses ont particulièrement nourri mon angoisse :

  • La difficulté physique : ce trek n’est pas anodin, les dénivelés importants, la distance importante. Et lorsque l’on n’a pas confiance en ses capacités, tout cela peut très vite beaucoup encombrer le cerveau
  • Le temps imparti pour réaliser le trek. En effet, étant dépendante des transports pour l’aller et le retour, il ne faut pas rater le dernier bus aha. Cette angoisse est notamment liée à la peur de ne pas être performante physiquement (trop lente, trop fatiguée), et le martèlement « appelez nous si vous êtes en retard » « le dernier bus c’est 4h30 » « ne trainez pas » ne rassure pas du tout aha !
  • La gestion du vide/pente. Je ne dirais pas que j’ai le vertige, mais la peur de chuter ça oui (les trucs instables ne sont pas mes amis et ce peu importe la hauteur). Et en parcourant le fabuleux monde qu’est l’Internet, et bien parfois l’accent est bien appuyé sur une descente plutôt impressionnante, le sol instable, etc. Bref, de quoi donner du grain à moudre à quelqu’un d’angoissé (moi ? Je ne comprends pas ce que vous voulez dire !).

Bref malgré tout cela qui tournait un peu dans la tête, il faut bien se lancer et une fois le bus réservé, impossible (ou presque) de reculer. Le départ se fera donc dimanche à 5h30 (oui oui) et le temps annoncé est « quelques averses le matin, éclaircies l’après-midi ».

Après un réveil plutôt matinal donc (même si j’ai pu glaner une heure de sommeil en plus grâce au changement d’heure) je me dirige à pied vers mon point de rendez-vous, armée de 3L d’eau, de quoi nourrir la bête, de l’appareil photo (et les batteries et les cartes SD de rechange pas question de foirer sur ce point !) et de vêtements de pluie/chaud au fond du sac-à-dos ! Un vomi par la fenêtre (grand moment de solitude pour le type en question) et 1H20 de trajet plus tard nous voici arrivés au point de départ du trek : Mangatepopo, 1150m d’altitude.

Bon bah, y’a plus qu’à !

Départ 7h07 à ma montre. En route !

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De la brume, où ça ?
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Ruapehu veille.

La première partie est la plus tranquille du trek. On marche majoritairement sur caillebotis/passerelles en bois, avec seulement quelques grimpettes au milieu des roches. On traverse des champs de lave qui s’étendent de part et d’autres. Et au loin se dessine le premier volcan. La tension monte. Après 1h de marche j’arrive au dernier point pipi avant de nombreux kilomètres : Soda Springs, 1350m. Et là, derrière l’alignement des toilettes (oui oui), se dresse une sorte de gros amas de cailloux, ouep une bonne montée en perspective. Et pas n’importe comment, avec de nooooombreux escaliers aha ! 45 minutes de cuisses en feu et de souffle coupé plus tard, les Devil’s Staircase sont vaincues et la vue sur la vallée vient se déployer sous mes yeux !

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Mt Ngauruhoe

A ce moment-là, on est au pied du Mt Ngauruhoe (ou Montagne du Destin pour les hobbits qui traîneraient dans le coin) à 1660m d’altitude et on entre dans le South Crater. Je réalise donc que je suis grandement dans les temps, et que donc peut-être finalement j’ai totalement les capacités pour achever ce trek. Et voir que l’on n’est pas la seule à souffler comme un bœuf et multiplier les pauses (uniquement pour contempler la vue hein, paaaaaas du touuuut parce que ça sue sévère) et bien je dois avouer que ça fait du bien au moral !

Hop, on se dirige maintenant à l’intérieur du South Crater, et c’est vraiment un sentiment très fort de se dire qu’on marche dans un volcan, et surtout et bien qu’on est bien tout tout petit au milieu de tout ça. Du caillou, du caillou et encore du caillou. Et parfois quelques humains qui se baladent. Sauf qu’il va bien falloir en ressortir de ce cratère, et qui dit sortie dit grimpette. Hop, une petite première qui nous permet d’admirer l’autre côté de la vallée, avec une luminosité à couper le souffle !

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Les pieds dans le cratère.
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Intermittent de la météo.

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Ah oui, j’ai complètement oublié de vous parler de ça, du temps. Malgré la brume du début, elle s’est très vite dissipée, et c’est avec un temps RADIEUX du début à la fin que j’ai pu faire ce trek. Des nuages, de la brume oui il y en a une, mais uniquement sur les monts et toujours très brièvement (un coup de vent et hop au revoir). Le soleil était là, bien chaud, et au vue de la suite du trek ce n’a pas été du luxe ! En effet, il va désormais falloir atteindre le Red Crater à 1886m, et autant vous le dire, ça grimpe sec ! Le chemin est à flanc de montagne, certains passages ne sont pas larges, le souffle court. Moi qui angoissais pour la descente, c’est plutôt cette montée là qu’il faudrait préparer les personnes souffrant de vertige ! Ma foi je monte plutôt bien, malgré les jambes qui tirent et les joues qui rougissent, un pied devant l’autre. Le vent est également de la partie, et pas qu’un peu. Mon coupe-vent est vraiment précieux et je plains les personnes en short à ce moment-là. Ce vent rend certains passages d’autant plus ardus, les cordes sont parfois donc bien rassurantes pour parvenir jusqu’au cratère !

Hop arrivée ! Et là boom ! C’est un peu la déception. Énormément de monde qui s’arrête (forcément après une montée pareil), mais également des femmes donnant des produits publicitaires (des cacahuètes) et des caméras pour filmer tout ça. Le choc. Ca me gâche l’expérience, je ne prends même pas le temps de m’arrêter, je ne profite pas du paysage. Je repère juste la suite du trajet, et je file. Avec le recul je regrette, je n’ai pas pu profiter du cratère, je n’ai même pas pris le temps d’envisager de faire l’ascension du Mt Tongariro, je voulais juste retrouver au plus vite ma tranquillité, mon introspection, mon défi.

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Lumière.
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Petite pause.

Je file donc directement vers la sortie : hop une autre montée, plutôt conséquente ma foi aha ! Mais quelle vue ! Et surtout, une fois au sommet de cette crête, on voit la suite du trek. Les fameux Emerald Lakes, la piste jusqu’au Blue Lake. C’est vraiment un endroit étrange ce sommet de crête. Le vent souffle fort, pourtant j’ai chaud, j’ai le ventre qui palpite, je crois bien que je suis sereine, heureuse et fière. C’est un très chouette moment. J’ai le sentiment d’avoir dépassé le plus difficile (physiquement peut-être mais le mental va venir par la suite aha !), de ne pas avoir laissé certaines peurs, angoisses, réflexes décidés ce que j’avais le droit ou non de faire. Je voulais faire ce trek, je l’ai fait, cette vue, cet instant-là, c’est ma récompense.

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Le Red Crater porte bien son nom.
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Vue à droite.
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Vue à gauche.
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Au-delà du cratère, toujours la vallée baignée de lumière.
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Blue Lake en vue !

Maintenant il va falloir descendre, et pas qu’un peu, 200m de dénivelé négatif en quoi 300 m ? Une pente à 45° quoi ! Et le tout sur un sol volcanique pas toujours stable (on s’y enfonce parfois profondément, parfois on glisse juste), bon nombre de personnes se retrouvent sur les fesses. Ainsi, cette descente sur laquelle j’angoissais ne m’a pas du tout inquiétée au final, elle a juste été d’une lourdeur folle (faire attention à ne pas tomber) et assez violente pour les genoux. Mais quel spectacle sous mes yeux. La vallée, la caldeira, les lacs, les fumerolles. C’est majestueux.

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Quand faut y aller.
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Vert. Vert. Vert.
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Couleur menthe à l’eau.

Je fais ma pause repas ici, il est environ 10h45, ça fait plus de 3h30 que je marche au milieu de ces paysages juste fous, et pourtant le temps ne semble pas défiler au même rythme qu’à l’accoutumée. Comme suspendu. Les jambes tiennent bien le coup et le souffle n’est plus un problème. Malgré tout le chemin est encore long, c’est encore environ 11km qu’il reste à parcourir ! Après 45 min de pause, c’est reparti. Direction le Blue Lake. On traverse donc une longue zone de plat (bien désertique), une petite (aha) montée plus tard nous voilà au niveau du Blue Lake. Certes il est d’un joli bleu. Mais c’est surtout là qu’on réalise vraiment ce qu’on a parcouru.

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Petitesse.
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Les touts petits points tout en haut à droite, ce sont des gens. Oui on descend tout ça.
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Les nuages ne sont jamais très loin.
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Le Blue Lae bleu.

Ensuite, depuis le Blue Lake, c’est la grande phase de descente qui va commencer. On traverse tout d’abord une zone volcanique active (avec des panneaux qui vous mettent à l’aise, des feux tricolores qui peuvent vous obliger à rebrousser chemin en cas d’activité volcanique trop intense et soudaine), et on va ensuite descendre en lacets pendant environ 1h avec la vue sur le lac Taupo (enfin la Nouvelle-Zélande ne serait pas la Nouvelle-Zélande si pendant la phase de descente vous ne deviez pas monter des escaliers tout de même aha) (non pas aha sur le coup !)(Définitivement pas). On atteint un refuge (comprendre une zone à pipi) où on vous enjoint à ne pas trop traîner vu que bon il y a quand même un volcan pas très endormi qui vous lorgne dessus. Mais la vue étant ce qu’elle est, une pause s’impose tout de même.

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La route sans fin.
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Volcan détecté.
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Tranquille.

Et ensuite c’est la dernière phase de descente, encore 1H30. Et probablement les pas les plus difficiles à aligner. Le poids du sac commence à se faire sentir, le reste roule plutôt bien, mais le mental commence à fléchir. Mine de rien, on sent la fin de trek. Je ne regarde que peu ma montre en dehors des points phares, et c’est fou comme la notion du temps change selon les phases. A ce moment-là, j’ai juste le sentiment d’avoir marché quasiment 1h30 et donc que je vais bientôt arriver, alors qu’en fait j’atteins un panneau qui m’annonce que j’en ai encore pour 45 minutes. C’est assez éprouvant moralement. Mais il faut avancer, peu importe, un pied devant l’autre. Cette dernière partie de descente se fait dans une simili jungle. Donc aucune vue au loin, seulement des arbres, des arbres, de la terre mouillée et des escaliers parfois (en montée ou en descente hein, NZ oblige), des zones à haut risque d’inondation. C’est sympathique hein, mais pas très motivant. Cette partie-là fut pour moi difficile, à ce moment-là, quand physiquement il n’y a aucune difficulté (enfin dites ça à mes genoux qui n’en pouvaient plus d’amortir les descentes aha), que l’ennui pointe son nez, une personne avec qui discuter serait appréciable…

Malgré tout, à un moment, ça y est. On voit des gens assis, allongés, des bus. C’est terminé. J’ai terminé. Il est 14h11. J’ai donc mis 7h04 pour boucler mon premier Tongariro Alpine Crossing. J’ai réussi. C’est à la fois exaltant et émouvant, c’est vraiment un sentiment particulier. C’est donc tout sourire que je vais me poser dans l’herbe, et que je vais doucement mais sûrement réaliser que oui. Je l’ai fait.

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C’est flou mais on s’en fout, c’est le symbole qui compte !
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5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. MookieCrew dit :

    Tu as eu plus de chance que nous ! Le jour où on l’a fait, ils annonçaient beau temps et quelques averses possibles en fin d’aprem. Ben pas du tout, il a fait beau jusqu’à genre 9h30 et après grosse brume et pluie, la loose… Je te laisse imaginer à quel point on était motivés du coup, et à quel point la dernière partie nous a paru longue aussi (le coup du « je pensais avoir marché 1h30 mais un panneau m’annonce qu’il me reste 45 minutes », on a eu exactement la même impression ahah !). Bref, contents de l’avoir fait mais dégoûtés de n’avoir rien pu voir !

    1. lairco dit :

      Effectivement ça doit être bien bien rageant de le vivre comme ça ! Je pense qu’avec un temps comme le votre je n’aurais pas eu le courage de continuer, parce que faire la montée jusqu’au Red Crater en se disant qu’on ne verra rien … Mentalement ça doit bien miner !
      Mais c’est peut-être l’occasion de le refaire ? :P (Enfin si c’est techniquement envisageable bien sûr !).

      1. Mookie Crew dit :

        Ben écoute on est sur Auckland et on quitte la NZ dans 5 jours donc ça ne va pas être possible ! Mais tant pis, tout ne peut pas se passer à merveille :)

  2. Aurélie dit :

    Bien joué ! Tes photos sont superbes. Cette rando est superbe, l’un de mes meilleurs souvenirs de NZ… mais on avait nous aussi bien souffert sur la fin ^^ (lol et on a mis 10 heures !!)

    1. Lairco dit :

      Pour le temps de parcours, mine de rien je regrette de ne pas avoir pris plus de temps (notamment à cause de ce foutu intermède publicitaire wtf grrr !), j’étais tellement stressée à causse de la navette que j’ai peut-être trop pressée le pas ! Et au final peu importe, le tout c’est de l’avoir fait :D

      Et merci pour les photos !

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